Saly – Exploitation sexuelle des adolescents et jeunes : Plaidoyer pour éradiquer le mal

Le département de Mbour fait face à une problématique inquiétante : l’exploitation sexuelle des adolescents et jeunes. Ce fléau, bien que souvent passé sous silence, affecte un nombre alarmant de jeunes filles et garçons, particulièrement dans les zones touristiques telles que Saly. Selon des données nationales, plus de 34 mille jeunes filles âgées de 7 à 18 ans sont exposées à diverses formes d’exploitation, allant de la prostitution aux violences sexuelles, en passant par les grossesses précoces non désirées.
Cette situation est exacerbée par la précarité économique et les inégalités de genre, profondément enracinées dans les normes sociales. Une étude menée en juin 2024 à Mbour révèle que 38% des jeunes déclarent avoir été témoins ou victimes d’exploitation sexuelle, et 57% affirment connaître une personne ayant subi de tels abus. Face à cette réalité, une mobilisation communautaire s’est tenue au foyer de Saly pour échanger sur l’exploitation sexuelle des adolescents et jeunes. Lors de cette rencontre, Mme Ndèye Fara Niang, 3e adjointe au maire de Saly Portudal, a mis l’accent sur l’importance de cette lutte. «Nous avons réuni les jeunes filles, les badienou gox, les relais, les délégués de quartier et les présidents de commission de santé pour discuter et porter un plaidoyer en faveur d’un avenir sans exploitation sexuelle. Elle a indiqué que la mairie va accompagner les jeunes en mettant à leur disposition un espace où ils pourront discuter de leurs problèmes et trouver des solutions ensemble», a déclaré la 3e adjointe au maire de Saly Portudal.
Mme Niang a également souligné le rôle du tourisme dans la propagation de ce fléau, tout en insistant sur la nécessité d’une sensibilisation accrue d’où un engagement collectif. De son côté, Cheikh Ahmadou Bamba Gning, président de la Commission santé de Saly, et des élèves et étudiants de la commune ont salué les efforts du projet Santé reproductive des adolescents (es) et jeunes du Sénégal (Sansas) qui est un projet mis en œuvre par un consortium composé de Solthis, Enda Santé, Equipop, Raes et Lartes à Mbour et Sédhiou. Ces localités sont caractérisées par un taux élevé de violence liée au genre (Mutilations génitales féminines (Mgf), de grossesses et de mariages précoces, mais aussi par un développement rapide de la démographie. Ce qui favorise l’exploitation sexuelle des adolescents et des jeunes. «Ce fléau porte atteinte à la dignité des jeunes filles et compromet leur avenir. Nous avons demandé à la mairie de prévoir un budget dédié à la santé des jeunes pour renforcer les activités de sensibilisation et créer des espaces adaptés à leurs besoins», expose M. Gning.
Par ailleurs, il a également plaidé pour des campagnes d’information et la promotion d’emplois dignes pour les jeunes filles, afin de réduire leur vulnérabilité. Une approche communautaire serait-elle la solution ? Serigne Ndiasse Bakhoum, jeune leader et animateur communautaire, a rappelé les conclusions alarmantes de cette enquête menée à Saly. «L’exploitation sexuelle est devenue un problème flagrant dans notre commune, touchant près de 36% des jeunes. La création d’espaces dédiés aux adolescents et un soutien budgétaire de la mairie sont essentiels pour éradiquer ce fléau», indique le jeune leader et animateur communautaire.
Selon lui, l’implication des autorités locales et des jeunes est cruciale pour construire un avenir où chaque enfant pourra grandir à l’abri de l’exploitation et des violences. Ainsi, l’exploitation sexuelle des jeunes dans le département de Mbour est une problématique complexe, nécessitant une réponse globale et concertée. Les autorités locales, les organisations communautaires et les jeunes eux-mêmes doivent travailler main dans la main pour offrir un avenir meilleur à cette jeunesse vulnérable.
Par Alioune Badara CISS – abciss@lequotidien.sn