Une révision de la norme Itie, c’est ce que réclame le Forum civil. En effet, explique son Coordonnateur national, Birahim Seck, depuis des années, des informations relatives aux revenus générés par le secteur extractif, aux contrats, entre autres, sont divulguées, mais les populations, surtout celles impactées, deviennent de plus en plus pauvres.Par Alioune Badara CISS(Correspondant) –

«C’est une bonne chose d’avoir des informations sur les obligations des entreprises minières, sur les dépenses obligatoires, les dépenses volontaires, sur le cadastre minier. Mais, nous pensons qu’il y a un besoin de revoir les normes sur lesquelles l’Itie travaille», estime Birahim Seck. Pour le Coordonnateur national du Forum civil, qui intervenait hier, lors d’un atelier sur la transparence et la redevabilité dans le secteur extractif, il ne sert à rien que les entreprises déclarent avoir versé des milliards dans les caisses du Trésor alors que les populations, surtout celles impactées par les projets miniers, continuent à souffrir. Cela veut dire, à son avis, «qu’il y a un besoin pour l’Itie de revoir sa stratégie d’intervention au niveau territorial». En effet, explique M. Seck, «il ne s’agit pas de publier des résultats ou de passer dans les zones minières. Ça ne sert à rien ; ça peut permettre d’avoir l’information, mais ça ne fait pas évoluer le vécu des populations. Alors que les ressources minérales, ce sont des ressources stratégiques. Elles doivent permettre aux populations d’avoir des moyens financiers, de vivre correctement et dignement. Si on publie chaque année des chiffres, alors que si vous allez à Kédougou, à Saraya, Tomboronkoto, dans le Mako, entre autres localités, les populations trinquent, ça ne sert absolument à rien».

Le Forum civil invite ainsi l’Etat à faire comme d’autres pays qui ont certes adopté l’Itie, «mais à un moment donné, se sont dit que les normes de l’Itie ne permettent pas aux populations de pouvoir profiter de l’exploitation des mines. La Constitution le dit : les ressources naturelles appartiennent au Peuple, alors que ce Peuple-là n’arrive pas encore à voir le bout du tunnel. Il y a un besoin de changement d’approche». Cette organisation de la Société civile considère que les acteurs doivent travailler de sorte que les populations puissent tirer profit de l’exploitation des mines, du pétrole et du gaz dans le futur. Et le baromètre pour mesurer l’atteinte de cet objectif, c’est de mettre fin à la souffrance des populations, faute de quoi, «dites-vous bien qu’on est en train d’exploiter nos ressources au profit d’autres pays, mais pas pour le Sénégal». Le coordonnateur en veut pour preuve la faible part de marchés remportée par les entreprises locales. «Le Sénégal, martèle M. Seck, n’arrive pas à profiter réellement de l’exploitation de ses ressources, et à côté, on constate qu’il y a la destruction de l’environnement, un manque de réhabilitation réel basé sur des Plans de gestion environnementale et sociale (Pges). Donc, il faudrait impérativement que le gouvernement arrête de balancer comme ça des chiffres. Mais qu’il puisse s’approprier ces problématiques territoriales des populations.»
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