Sur l’existence des fonds politiques : Ibrahima Touré et Bocoum se rétractent à la barre

Les inspecteurs du Trésor Mamadou Oumar Bocoum et Ibrahima Touré avaient déclaré n’avoir pas connaissance des textes qui parlent des fonds politiques. Ils avaient indiqué à l’endroit du Tribunal qu’il s’agit de fonds spéciaux et de caisse d’avance. Hier, mis devant les faits, ils sont revenus sur leurs déclarations en avouant devant la barre du Tribunal que «tout le monde connaît l’existence des fonds politiques qui sont appelés fonds spéciaux». D’ailleurs, pour cet aveu de taille que recherchait la défense, Me Pape Leïty Ndiaye a demandé au juge que cela soit mentionné dans le plumitif d’audience. Mais c’est grâce à la subtilité et à la vigilance de Me Kamga Jackson que la vérité est sortie de la bouche des inspecteurs du Trésor. Celui qu’on surnomme «Sorcier» au Cameroun a produit deux arrêtés qui parlent de l’existence des fonds politiques à la mairie. Dans un premier temps, le bâtonnier du Barreau du Cameroun a produit un arrêté du Conseil colonial en 1923, réunion tenue sous la présidence de Louis Guillabert et dont les 3/4 du conseil sont constitués de Sénégalais. Et dans un second temps, il a produit un autre qui date de 2012.
Ibrahima Touré : «J’ai commis des erreurs»
Mis en face de ces preuves irréfutables, Ibrahima Touré déclare : «Nous sommes des êtres humains et nous pouvons faire des erreurs dans la manipulation des textes. Je suis inspecteur des Impôts. J’ai commis des erreurs. Le décret 2003-657 n’est pas applicable aux collectivités locales. Bocoum s’est trompé en disant qu’on n’a pas fait les menus dépenses. Si, on l’a fait. Il nous arrive de ne pas bien appliquer des textes. Les caisses d’avance en général ne respectent pas les grands principes», a-t-il reconnu avant de préciser : «Je suis convaincu que je ne suis pas complice.» Selon lui, le décret 2003 fixe des limites au niveau central et régional. Toutefois, il reconnaît leurs «erreurs» liées à la méconnaissance des textes qui parlent des fonds politiques. «On a commis des erreurs, d’autres en commettent», a-t-il dit. Mais selon lui, cela ne veut pas dire que ce sont des fonds politiques. «Pour ce qui concerne les collectivités locales, je n’ai pas connaissance des textes qui parlent ou règlement les fonds politiques. La nomenclature, je n’en connais pas», a-t-il reconnu.
Bocoum : «Les fonds varient entre 160 et 180, voire 200 millions»
Interpellé auparavant sur la question des fonds alloués à la mairie, Mamadou Oumar Bocoum, qui dit avoir quitté la mairie en 2015, «les estime entre 160 et 180 millions, voire 200 millions, car ils varient d’année en année». Ce que confirme Khalifa Sall qui a estimé le budget de sa mairie à 58 milliards. «Une somme que nous ne pouvons pas dépasser», martèle-t-il. Interrogé par un de ses avocats sur la gestion de ces fonds en sa qualité de maire, l’édile de Dakar déclare : «Pour cette fonction de maire, nous avions invité à une gestion vertueuse participative. C’est la raison pour laquelle j’ai fait la déclaration de patrimoine qui m’a valu beaucoup de railleries. Nous avons une mission qui ne permettait pas de faire la reddition des comptes. Nous avons sollicité beaucoup de bailleurs internationaux. Et pour qu’ils vous financent, il faut qu’on vous audite. Nos partenaires internationaux demandent d’abord qu’on audite et qu’on occulte toutes les finances. Pour les autres crédits, la banque fait la même chose. Quand nous faisions l’emprunt obligataire, nous avons été audités et notés. Nous avons été les premiers. Nous avons essayé d’être à la hauteur de ce que nous prônions. Nous n’avons jamais été épinglés.» Mais à propos des 30 millions de francs versés au maire chaque mois, l’inspecteur Bocoum affirme que l’Etat n’a aucune part de cet argent. Il admet aussi qu’il y a au moins une ou deux années où la mairie de Dakar a lancé des marchés pour acheter du riz.
Khalifa Sall : «Les percepteurs disent que les fonds politiques n’existent pas au Sénégal. Et aujourd’hui, ils ont dit le contraire»
Interpellé à nouveau sur ce point par Me Leyti Ndiaye, Khalifa qui refuse toujours de juger ses collaborateurs a tout de même dit que cela lui fait rire. «C’est cela qui me fait sourire. Les percepteurs ont dit que les fonds politiques n’existent pas au Sénégal. Et aujourd’hui, ils ont dit le contraire. Mais ils savent que le dispositif qui est là a été mis en place par l’Etat. Pourquoi on mettrait à la disposition du maire une caisse d’avance ? Les faits sont têtus et ils sont que dans cette caisse d’avance, il y a des fonds politiques. Les percepteurs peuvent se défendre comme ils veulent, je le leur concède. Mais je ne les jugerai pas», a-t-il encore promis. Selon lui toujours, le mode de fonctionnement permet de dire que les percepteurs savaient bien qu’il s’agit de fonds politiques. «Si vous travaillez sous l’autorité du régisseur, il peut avoir un droit de regard sur ce que vous faites. Il y a un blocage du budget de la ville de Dakar. Et la seule chose acceptée, c’est le salaire des employés de juillet 2014 à novembre. Avant-hier, nous avons vérifié dans le compte administratif avec Yatma Diaw et les 30 millions ont été versés», informe-t-il.