Cheikh Diop, Secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal/Force du changement (Cnts/Fc), juge très positifs les résultats issus des élections de représentativité qui valent à cette centrale de se retrouver comme la troisième force derrière la Cnts et l’Unsas. Cela n’empêche qu’il a noté des couacs lors de ces élections.Par Amadou MBODJI –

La Confédération nationale des travailleurs du Sénégal/Force du changement (Cnts/Fc) se réjouit de son résultat lors des élections de représentativité avec une troisième place acquise au bout du compte. «Après les élections de représentativité des centrales syndicales qui se sont tenues le 12 décembre dernier et la proclamation des résultats provisoires qui a été faite, on attendait la fin de ce processus pour nous adresser à la presse au nom de la Cnts/Force du changement. Jusqu’au moment où je vous parle, il n’y a aucune contestation. Donc, nous allons vers la confirmation des résultats provisoires qui ont été proclamés par la commission nationale», déclare Cheikh Diop, Secrétaire général de la Cnts/Fc, lors d’une conférence de presse tenue.
Pour Cheikh Diop, c’est une confirmation des résultats des dernières élections. «Le résultat que nous avons obtenu va être commenté dans nos textes et dans nos réponses. Mais je voudrais féliciter très sincèrement toutes les organisations syndicales en lice pour ces élections. Nous étions 12, toutes ces organisations qui ont participé méritent nos félicitations. Celles qui sont sorties majoritaires, nous les félicitons de manière appuyée. Pour cette édition, nous sommes cinq, la Cnts, l’Unsas, la Cnts/Fc, la Csa et la Fgts/B qui vient de rejoindre le groupe des centrales syndicales représentatives. Nous félicitons également le ministère, maître d’œuvre de ces élections», appuie-t-il non sans manquer de souligner des manquements. «Il est vrai qu’il y a eu des couacs et nous allons le souligner. Nous ne manquerons pas de les souligner du­rant l’évaluation, mais globalement les élections se sont dé­roulées dans de bonnes conditions», avance Cheikh Diop.

Les résultats provisoires déclarés par la Commission électorale nationale, en sa session du lundi 18 décembre 2023, ont consacré la Cnts (23.53%), l’Unsas (21.44%), la Cnts/Fc (15.62%), la Csa (11.26%) et la Fgts/B (10.20%). «Ce sont les principales centrales syndicales représentatives devant désormais porter les revendications des travailleurs dans le cadre de la négociation collective. De même, il est désormais établi que la Cnts/Fc, la Fgts/B et l’Unsas ont été les seules centrales syndicales à avoir progressé entre les scrutins de 2017 et 2023 avec notamment la Cnts Fc qui a fait une percée remarquable en termes de scores (14 352 contre 7348 voix, et 15,62% contre 10.24%) entre 2017 et 2023, soit un bond qualitatif de 7004 voix ou un écart positif de + 5.38 points», se félicite Cheikh Diop.

Pour lui, «cette performance est d’autant plus appréciable qu’elle porte sur le rang (3e) et le score ; ce qui traduit de manière évidente la forte adhésion des travailleurs à la vision de notre Centrale syndicale exprimée par le slogan : «Un nouveau souffle syndical pour de nouvelles conquêtes sociales.»». Comme «éléments illustratifs et en cohérence avec cette ligne», les camarades de Cheikh Diop rappellent que la Cnts Fc a systématiquement œuvré à créer «les conditions d’un dialogue social performant, facteur de stabilité et de développement économique et social». En plus de cela, cette centrale vise à «réformer et adapter les textes obsolètes régissant les relations professionnelles, organiser et encadrer les luttes sectorielles et multisectorielles pour un renversement de la forte tendance à la désunion des entités du mouvement syndical et de la dispersion de ses forces». «Ainsi, malgré les insuffisances et dysfonctionnements qui ont impacté le taux de participation (29,1% sur 316950 inscrits) et qui devraient être rigoureusement analysés et adressés, les 92 350 travailleurs qui se sont exprimés ont lancé un message fort en termes de nécessité d’une réorganisation des rapports de force et de redistribution des rôles dans le sens d’une plus grande démocratie et un meilleur équilibre dans les rapports entre centrales et avec l’Etat», disent les syndicalistes de la Cnts/Fc.

Inégalité salariale, politique industrielle : Les batailles à mener

Au lendemain des élections de représentativité syndicale, la Cnts/Fc compte mener ses actions pour améliorer les conditions de vie des travailleurs. Pour Cheikh Diop, il faut mettre en place «une politique industrielle hardie de protection, d’encadrement et d’accompagnement des investissements» face à «l’érosion massive des emplois dans beaucoup de secteurs industriels publics et parapublics». Il cite aussi «l’inégalité des salaires» dans la Fonction publique devrait être l’un des chantiers sur lesquels les syndicalistes vont s’appesantir pour y apporter des solutions. «Il est désormais évident que rien ne sera plus comme avant, et la réorganisation effective de la hiérarchie dans l’ordre des centrales syndicales représentatives, induite par la forte mobilisation des travailleurs en quête d’une prise en charge efficace de leurs préoccupations, d’une solidarité active et d’un effort de conceptualisation et de clarification des enjeux qui traversent le monde du travail, ne pourrait se traduire que par une nouvelle offre qui intègre toutes ces attentes», indique le Sg de la Cnts/ Fc. Il ajoute : «On s’engage dès lors à continuer irrémédiablement, seule ou ensemble avec les forces de progrès, à inverser la dynamique des rapports de force et à installer les luttes syndicales dans un cycle plus vertueux et porteur de progrès. Et ce, conformément à notre éthique d’action et la ligne empruntée depuis 2002 et qui semble avoir un écho favorable chez toutes les catégories de travailleurs et au-delà.»

En termes d’acquis, la Cnts/Fc rappelle la «contribution à la rectification des mauvaises politiques de privatisation et la relance des entreprises en difficulté qui ont abouti non seulement au redressement d’entreprises, mais aussi et surtout à la création de la cellule de relance des entreprises en difficulté sous la tutelle de la Primature». A cela s’ajoute «la contribution à l’absorption du lourd passif social des travailleurs des entreprises en difficulté, liquidées et/ou en liquidation, au renversement des tendances du dialogue social de restitution par la remobilisation, la réunification et la réconciliation des entités du mouvement syndical pour l’aboutissement des revendications dans le cadre d’un dialogue social de conquête.

Pour Cheikh Diop, il y a aussi la «révision du corpus juridico-réglementaire régissant les relations professionnelles, notamment la Ccni et celle des travailleurs du pétrole et du gaz, ainsi que la création d’une nouvelle convention jusqu’ici inexistante, celle du transport hydrocarbures». Sans oublier «l’initiation d’une nouvelle vision des luttes syndicales, de l’anticipation et de la résolution des conflits par entre autres la promotion de nouvelles formes d’accords qui anticipent sur les conflits de travail et régulent le climat social».
Par A. MBODJI – ambodji@lequotidien.sn