#Thiès – Récurrence du vol de bétail : Un mal qui perdure comme si de rien n’était

Plus de 1000 têtes volées entre 2021 et 2022, alors que les auteurs de ces vols sont loin d’être inquiétés.Par Cheikh CAMARA –
«Le vol de bétail est un phénomène récurrent observé quotidiennement dans la région de Thiès. Il est une des préoccupations des citoyens. Ceux-ci ont mal au cœur de voir leurs biens subtilisés par des gens connus souvent des voisins, sans qu’il n’y ait une juste réparation à la hauteur du préjudice subi. Le vol de bétail accentue la pauvreté dans les campagnes et installe des milliers de propriétaires dans le désarroi.» C’est le cri du cœur poussé lors de l’Assemblée générale des victimes et membres du Collectif de lutte contre le vol de bétail (Appal-Vb) regroupant plus de 1000 acteurs, ce dimanche 22 janvier à Thiès.
Une rencontre qui a servi de tribune aux plaignants pour porter à la connaissance des autorités compétentes, «les inquiétudes et le désarroi que partagent les éleveurs de l’arrondissement du Diobass, confrontés depuis quelques mois à des vols récurrents de bétail». Le président du collectif, Ndongo Fall, rappelant que «le vol de bétail est un fléau qui tue l’élevage à petit feu», a soumis au Préfet du département de Thiès, «les doléances portées et partagées par l’ensemble des membres du collectif créé pour faire face, à notre niveau, à ces actes criminels qui, à terme, si des mesures adéquates ne sont pas prises, peuvent durablement et de manière nocive impacter l’activité pastorale et agricole de notre terroir».
Le coordonnateur du collectif détaille : «Plus de 1000 moutons ont été volés dans le département de Thiès entre 2021 et 2022. Les autorités compétentes ont été alertées et informées. La Direction régionale de l’élevage de Thiès, le procureur de la République, ainsi que le Commandant de la gendarmerie ont été saisis.» Et de poursuivre : «Sans nous immiscer dans le fonctionnement indépendant de la Justice de notre pays, en laquelle nous avons entière confiance car composée pour la plupart d’hommes et de femmes intègres et soucieux de la sécurité des populations, il est hélas constaté qu’à ce jour, les auteurs de ces méfaits sont encore en liberté et poursuivent toujours leur forfaiture en toute impunité. Les éleveurs et agriculteurs que nous sommes avons donc fort légitimement le sentiment d’être laissés pour compte et abandonnés.»
Fort de tout cela, le collectif a exprimé un certain nombre de doléances, autour de l’«application de la loi criminalisant le vol de bétail», l’«arrestation et la traduction en Justice des individus mis en cause car formellement identifiés», le «dédommagement des victimes et la restitution des biens volés», la «facilitation de la tenue d’assises citoyennes sous forme de Crd, Cdd et Cld», la «facilitation par les autorités, notamment Monsieur le Préfet, de la mise en place, dans nos villages respectifs, d’un comité de vigilance, d’alerte et de défense contre le vol de bétail par des malfaiteurs n’hésitant pas à s’équiper d’armes blanches et, pire, d’autres d’armes à feu».
Ndongo Fall et ses camarades réclament «une patrouille permanente des éléments de la gendarmerie dans tout le secteur où ont eu lieu les cas de vol et dans les villages où habitent les voleurs formellement identifiés, afin de les dissuader définitivement de commettre d’autres forfaits». Ils sollicitent du sous-préfet, une meilleure organisation de leur collectif et un encadrement sur le plan légal, tout en intercédant auprès du ministre de l’Elevage et de ses services. Aussi, le collectif porte à la connaissance du Préfet de Thiès, «nos forts soupçons d’un recéleur, complice et protecteur de la plupart des voleurs identifiés, qui habite le village de Keur Madiama. Il leur fait office de marabout et de démarcheur d’avocats auprès des cours et tribunaux».
Le collectif attire l’attention de l’autorité préfectorale sur le fait que «les voleurs formellement identifiés habitent les villages de Keur Madiama Peulh, Mandagri Toucouleur (Diamaguène Peulh) et à Thiès (quartier Garage Baback, entre autres)». Aussi de préciser : «Ces personnes sont essentiellement de la même famille et forment un gang, un réseau de voleurs fortement dotés d’armes à feu, d’armes blanches, et se déplacent à bord de moyens de véhicules et motos Jakarta.» Il sollicite «l’arrestation de tous ceux qui sont complices des voleurs, qu’ils soient recéleurs, indicateurs dans les villages, gérants de boucherie et de dibiterie, transporteurs ou chauffeurs».
Le Collectif de lutte contre le vol de bétail sollicite l’aide du Préfet ou du ministre de l’Elevage pour constituer un pool d’avocats et d’huissiers afin de défendre ses intérêts auprès des différentes juridictions. Ses membres sollicitent un fonds dont le but sera la motivation des membres des comités de vigilance et leur équipement. Ndongo Fall et ses camarades insistent sur le «suivi des dossiers pendants au Tribunal de Thiès» et «la nécessité d’appuyer l’entreprenariat (un fonds de relance pour l’élevage intensif des éleveurs victimes et les éleveurs)». En plus de l’«identification du bétail (dans chaque village, allouer une pince pour marquer le bétail)», le «contrôle des abattoirs et la traçabilité de la viande», l’«équipement des comités de vigilance en torches, sifflets, gilets, armes, moyens de déplacement et formation», entre autres.
Correspondant