Deux trafiquants d’espèces fauniques protégées, un Séné­galais et un Malien, ont été condamnés hier à Dakar à 4 mois de prison ferme et à payer 2 millions de francs de dommages et intérêts. Ils ont été déclarés coupables de «capture, abattage, détention, circulation et commercialisation illégale d’espèces intégralement protégées avec 91 peaux de crocodile du Nil, 354 peaux de python, 110 peaux de varan du Nil».

Le Sénégalais Mbacké Thiam et le Malien Ibrahima Sacko méditeront sur le sort que vient de leur réserver le Tribunal de grande instance de Dakar hier. Celui-ci les a, en effet, condamnés à 4 mois de prison ferme, après les avoir déclarés coupables de «capture, abattage, détention, circulation et commercialisation illégale d’espèces intégralement protégées avec 91 peaux de crocodile du Nil, 354 peaux de python, 110 peaux de varan du Nil», annonce un communiqué de l’Ong Wara. Les  deux condamnés vont débourser 2 millions en guise de dommages et intérêts pour le compte du ministère de l’Environnement.
Quant à leur co-prévenu, Khadim Dia, il écope de 2 mois de prison ferme et est condamné à payer une amende de 200 mille francs «pour entrave à l’exercice des fonctions de la police et des agents de la direction des Eaux et forêts». Ce dernier, indique-t-on, «avait déclenché une émeute populaire sur le lieu de la perquisition des peaux, mis en danger la sécurité physique des équipes d’intervention».
Appréciant le verdict du Tribunal de Dakar, la communauté internationale a «vivement» salué «l’excellent travail des magistrats avec ce jugement encourageant et dissuasif, car c’est une saisie record en Afrique pour ces espèces de reptiles gravement menacées dans leur milieu naturel». «(…) Des peines de condamnation ferme tardaient à se faire sentir au Sénégal, alors qu’au Kenya, ou plus près en Guinée Conakry, les peines d’emprisonnement sont passées à la vitesse supérieure depuis quelques années avec des condamnations qui peuvent aller ‘’à vie’’ ou jusqu’ à 5 ans ferme», fait-on encore remarquer dans le document.

Arrêtés à Guinaw Rails et Guédiawaye
Le Quotidien, par le biais de l’Ong Wara, annonçait dans son édition N°4229 l’interpellation à Guinaw Rail (Pikine) et Guédiawaye, le 14 mars dernier, de «4 trafiquants» pris «en flagrant délit de détention, circulation et commercialisation d’es­pèces protégées». Il s’agissait de «2 Maliens, Ibrahima et Balla Sacko et 2 Sénégalais, Mbacké Thiam et Momodou Coulibaly». Les présumés délinquants, arrêtés «lors d’une opération conjointe de la Sûreté urbaine, de la direction des Eaux et forêts et de Wara», étaient «placés en garde à vue à la Sûreté urbaine pour être entendus». «Une autre personne ayant entravé le travail de la police et créé une émeute sur place a également été arrêtée», précisait le document. Cette opération demeure la plus importante jamais effectuée sur le trafic de crocodiles et reptiles en Afrique ces dernières années, rappelait le communiqué de l’Ong Wara.
Le butin de ces présumés trafiquants d’espèces protégées est constitué de «558 peaux de contrebande, dont 91 peaux de crocodile du Nil, une espèce intégralement protégée au Sénégal et inscrite à l’annexe 1 de la Convention Cites, 354 peaux de python de Seba, une espèce hautement braconnée et protégée au Sénégal, ainsi que 110 peaux de varan du Nil et 3 peaux de civette». «Ce charnier animal, maculé de sang, a servi pendant des années au massacre et à la transformation d’un nombre incalculable d’espèces protégées», faisait-on encore remarquer.
Les défenseurs d’espèces protégées renseignaient aussi que «toutes ces peaux de reptiles sauvages, originaires du Sénégal et du Mali approvisionnaient depuis au moins deux décennies les maroquiniers de Dakar qui les transformaient illégalement en sacs, chaussures, ceintures et qui seraient revendus vers l’Europe et l’Asie comme objets de luxe à des prix élevés».
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