Après les Assises territoriales de la mobilité urbaine en décembre, le Conseil exécutif des transports urbains de Dakar (Cetud) a organisé hier un Forum sur la politique de mobilité et d’accessibilité durables dans les villes sénégalaises. Occasion saisie par certains experts pour demander un renforcement des attributions du Cetud.

En 1990, Dakar comptait 1,5 million d’habitants. En 2030, ce sont 5 millions de Sénégalais qui vivront dans la capitale sénégalaise. Cette croissance démographique accentue la pression sur les services urbains, mais particulièrement sur la mobilité. Des recherches montrent même que les externalités négatives liées aux transports urbains coûtent jusqu’à 4% de Produit intérieur brut (Pib) à plusieurs villes africaines. Selon M. Ibou Diouf du Programme politique de transport en Afrique (Ssatp), la gestion efficace et efficiente des services urbains se heurte à un environnement législatif, institutionnel et règlementaire inadéquat. 20 ans après sa mise en place, le Conseil exécutif des transports urbains de Dakar (Cetud) doit évoluer. «L’impor­tance de cette journée, c’est de marquer la nécessité d’un nouveau cycle de réformes qu’il va falloir entamer. 20 ans après sa création, il est nécessaire, avec les nouveaux enjeux de mobilité, la prise en compte de paramètres nouveaux, tels que la protection de l’environnement, l’introduction de technologies de l’information, que nous révisions les textes pour que l’autorité organisatrice de la mobilité soit outillée à la mesure des défis qui nous attendent», souligne le directeur du Cetud, M. Thierno Birahim Aw.
Il y a quelques mois, le Cetud avait tenu les Assises territoriales de la mobilité urbaine. A la suite de ces assises, une étude sur les enjeux et défis de la mobilité urbaine a été menée dans 8 pays du continent par la Ssatp, filiale de la Banque mondiale, qui s’occupe des transports urbains. L’étude présentée hier par M. Julien Allaire de Transitec, recommande un renforcement des moyens financiers et humains du Cetud, mais également d’étendre les prérogatives du Cetud à la planification et à la réglementation du service des bus et du Train express régional (Ter). «A Dakar, le niveau de congestion est important, mais le gouvernement a pris l’option d’investir massivement sur les transports publics capacitaires avec un investissement cumulé de plus de 1000 milliards sur le Train express régional (Ter) et le projet de bus rapide (Brt)», informe M. Aw. Selon l’étude, il est important de garantir l’intermodalité dans le cadre de ce programme dans la mesure où avec 150 000 passagers pour le Ter et 300 000 pour le Brt, les transports en commun auront toujours un rôle important à jouer.

1000 milliards pour le Ter et le Brt
Dakar est une ville congestionnée aux heures de pointe, mais selon le directeur du Cetud, la métropole n’a pas encore atteint ses limites. «En réalité, malgré le niveau de saturation du réseau routier, nous sommes seulement à 25 véhicules pour 1000 personnes et les taux peuvent aller avec le rythme de croissance jusqu’à 500, 600 véhicules. En outre, si nous regardons l’espace dédié à la fonction circulatoire, le taux tourne autour de 15%, alors que la moyenne souhaitée au niveau mondial, pour que les villes puissent avoir une fonction fluide de circulation, est de 30%», confie M. Aw.
Pour le Secrétaire général du ministère des Infrastructures, des transports terrestres et du désenclavement, c’est aujourd’hui qu’il faut penser aux transports du futur. Et les investissements réalisés ces dernières années ont permis de renforcer le parc automobile ainsi que le parc routier. Selon Aubin Jules Sagna, entre 2012 et 2017, 1362 kilomètres de routes ont été réalisés et 13 ouvrages d’art. Il s’y ajoute les 114 km réalisés par Promoville dans 9 capitales régionales et 4 communes du pays. Dans le même temps, 187 km d’autoroutes seront fonctionnels en 2019. Concernant les transports publics, le parc de minibus tourne autour de 585 dans 9 régions et 3 communes.
Seulement, cette politique de court terme ne suffira pas à régler le problème, estime M. Ibou Diouf de Ssatp. «Une approche globale nécessite la promotion du transport de masse et une intégration modale», recommande M. Diouf.
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