Au-delà des accusations mutuelles liées à la pandémie, cette crise inédite interroge la relation future entre un Occident hétéroclite et la puissance montante du XXIe siècle.

Le sentiment anti-chinois dans le monde n’a jamais été aussi fort depuis la répression de Tiananmen en 1989. Le constat n’est pas celui d’un expert à Washington ou à Bruxelles. Il émane d’un rapport rédigé par l’Institut chinois des relations internationales contemporaines, un centre de réflexion lié au ministère de la Sécurité d’Etat. Révélé lundi par l’agence Reuters, ce document a été adressé au début du mois d’avril aux plus hauts dirigeants chinois, dont le Président Xi Jinping. D’après les sources de Reuters, le rapport s’inquiète de voir que la pandémie a entraîné une vague d’hostilité croissante «menée par les Etats-Unis et qui, dans le pire des cas, pourrait déboucher sur une confrontation armée».
De Emmanuel Macron déclarant que la Chine devrait répondre «à des questions difficiles concernant l’apparition du virus» au secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, avançant l’hypothèse que la maladie se serait échappée d’un laboratoire de Wuhan, l’heure est aux récriminations envers Pékin. L’inquiétude de l’élite chinoise est-elle donc si grande ? Pour Valérie Niquet, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, le rapport évoqué par Reuters reflète une véritable préoccupation. «Cet institut a accès à toutes les informations sur la situation interne et externe de la Chine. La référence à Tiananmen est importante : après 1989, le pays avait été soumis à des sanctions économiques.» «Il s’agit d’une école de relations internationales de troisième ordre, tempère Lanxin Xiang, professeur d’histoire internationale au Graduate Institute à Genève et auteur de The Quest for Legitimacy in Chinese Policy (Ed. Routledge, 2019). Je n’y accorderais pas un poids démesuré, c’est juste le reflet d’un courant de pensée.»

Risque d’escalade
De fait, le Covid-19 atteint l’image de la Chine en Occident. Il y a quinze jours, un sondage du Pew Research Center révélait que deux tiers des Américains en ont désormais une vision négative, alors que les avis étaient presque partagés à égalité il y a trois ans. Mais il n’y a pas «un Occident», prévient Lanxin Xiang. A ses yeux, Pékin s’inquiète certes «du degré d’hystérie anti-chinoise alimentée par l’Administration Trump, mais l’équation est différente avec l’Europe, où les critiques ne vont pas jusqu’à saper la légitimité du gouvernement chinois, ni à pousser à un changement de régime».
Le Temps