Enseignante à l’école Gorom 2 de Bambilor, Sophie Badji a été attraite hier à la barre du Tribunal des flagrants délits pour «coups et blessures volontaires» sur son époux Issiakha Badiane, professeur. L’homme accuse son épouse de lui avoir occasionné une fracture à la main au cours d’une dispute. D’après lui, la prévenue lui avait assené des coups de pied. Il a aussi laissé entendre que sa femme l’a traité de singe.
Pourtant, c’est tout le contraire qui a été soutenu par la mise en cause. «Je ne l’ai pas touché. Il s’est blessé lui-même. Son bras s’est cogné au lit», s’est-elle défendue. D’après toujours la prévenue, son mari l’a mordue alors qu’elle se démêlait en criant de toutes ses forces pour échapper des mains de celui-ci vers les coups de 23 heures et dans la chambre. Mais entre la période du différend et la déposition de la plainte du mari, il y a eu un temps. Selon la dame, malgré les tentatives de réconciliation entamées par de bonnes volontés, M. Badiane s’y est opposé. Pourtant, il a aussi insisté de son côté que c’est après avoir «vainement attendu les tentatives de réconciliation» qu’il a déclenché une action judiciaire contre celle avec qui il est en instance de divorce.
Répondant à Sophie qui a déclaré que «le nœud du problème, c’est une affaire de terrain», le plaignant a indiqué que la parcelle inscrite au nom de sa femme leur appartient tous les deux. Et pour Me Abou Abdoul Daf de la partie civile, les faits de blessure sont «matériellement constatés. L’imputabilité ne pose pas problème, car son client en est sorti avec une incapacité temporaire de travail de plus de 60 jours». L’avocat a réclamé comme dommages et intérêts 5 millions de francs Cfa.
Dans sa réplique, Me Djiby Diagne de la défense a indiqué qu’il s’agit d’une «procédure un peu particulière : un époux qui attrait sa femme et demande 5 millions. Ce qu’on voit, ce sont les femmes qui le font. C’est inédit et c’est une honte pour les hommes». Pour lui, le fait que les faits aient eu lieu en janvier dernier et que M. Badiane porte plainte en mai explique que «la question de l’imputabilité pose problème. Rien n’est clair sur l’imputabilité, il y a doute. Rien ne montre que cette blessure est causée par la dame». Me Diagne a plaidé la relaxe pure et simple. Il renchérit : «Si vous pensez que c’est convaincant, accordez-lui le bénéfice de la légitime défense, conformément à l’article 316 du Code pénal. L’excuse de provocation peut être aussi retenue, conformément à l’article 309 du Code pénal.»
Le conseille de Sophie Badji a aussi sollicité «le bénéfice de l’article 44-2, paragraphe 6 de la loi 2000-38 du 29 décembre 2000 qui consacre la dispense de peine d’autant plus que la politique pénale actuelle de l’Etat est la ‘’déprisonnalisation’’, pour cette brave dame «qui tient une classe multigrades et supplée une enseignante en congé de maternité».
Le délibéré est fixé au 7 juin prochain.
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