Vote de la loi interprétative : Pastef seul contre tous

D’une promesse d’abrogation à une loi rapportée, Pastef va finalement choisir une interprétation de l’amnistie. Aujourd’hui, les députés sont invités au vote au moment où la Société civile appelle, pour certains, à la suspension de la controversée proposition de loi et, d’autres, à son abandon. En tout état de cause, cette loi d’interprétation ne garantit pas toutes les conditions pour que justice soit faite car elle semble soustraire les émeutiers de leurs responsabilités et cibler les Forces de défense et de sécurité.
Par Malick GAYE – D’une promesse d’abrogation dès l’annonce du projet de loi portant amnistie des faits politiques ayant eu lieu en 2021 et 2024 à une loi rapportée que le Premier ministre a mentionnée dans sa Déclaration de politique générale pour finir sur une loi d’interprétation, Pastef tâtonne pour apporter une réponse claire sur les émeutes politiques qui ont failli plonger le Sénégal dans l’abîme. Aujourd’hui, le dernier acte de cet épisode va être joué par l’Hémicycle. En effet, les députés sont appelés à voter la proposition de loi d’interprétation de l’amnistie. Qui a été déjà amendée avant même qu’elle n’atterrisse à l’Assemblée nationale. Après son adoption, ceux qui ont brûlé un bus de transport commun en y jetant un cocktail Molotov, ceux qui ont saccagé les grandes surfaces, ceux qui ont attaqué la Sonatel, ceux qui ont brûlé l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et pillé des commerces et banques, ceux qui ont mis les stations d’essence hors service vont pouvoir se réfugier derrière une motivation politique pour se soustraire à la Justice. Et les victimes dans tout cela ? Elles n’auront que leurs yeux pour constater les dégâts et éventuellement pleurer. Le soutien de l’Etat ? Elles devront s’en passer. C’est en somme la lecture qu’il faut faire de la proposition de loi de Amadou Bâ. Une lecture que la Société civile n’est pas prête à avoir. Hormis le fait de demander la suspension du processus, c’est le caractère populaire qui fait défaut à cette proposition de loi de Amadou Bâ. A part les membres de la mouvance présidentielle, cette loi d’interprétation ne rencontre pas beaucoup de soutien. Elle n’est populaire que chez les «Patriotes». Comment expliquer le projet de Pastef quand celui-ci dit très clairement de l’ancienne majorité parlementaire qui avait voté l’amnistie qu’elle n’a pas compris sa loi et que Pastef va introduire une nouvelle loi pour les aider à l’interprétation ? Sur la forme, cette proposition de Amadou Bâ est problématique. Sur le fonds, elle l’est davantage.
En effet, elle semble très clairement cibler les Forces de défense et de sécurité. Sans présager de l’issue des enquêtes, seules les Forces de défense et de sécurité ont le monopole de la violence dans une démocratie. Bien que regrettables, les morts d’homme ont été enregistrées dans les opérations de maintien de l’ordre. Par conséquent, peut-on les reprocher aux Forces de défense et de sécurité ? Cette interrogation ne cautionne nullement les bavures policières. Quand il faut rendre la justice, situer les responsabilités devient un impératif. Qui a demandé aux jeunes d’aller attaquer les biens d’autrui ? Qui a dit que la deuxième vague de manifestations sera dévastatrice ? Qui a parlé de déloger le président de la République d’alors ? Autant de questions qui ne risquent pas de trouver réponses, au regard de la proposition de loi. Sachant que les Forces de l’ordre ne peuvent se réfugier derrière le motif politique, ne sont-elles pas en train d’être sacrifiées ? Ce qui en dit long sur les intentions de Pastef. Le parti au pouvoir acte-t-il sa vengeance en se réfugiant derrière une loi impopulaire ? Le vote du fameux projet de loi d’interprétation aidera à décrypter, sans nul doute, beaucoup de signaux.
mgaye@lequotidien.sn