38 pêcheurs ont débarqué nuitamment mardi à Yoff-Tonghor et sont depuis placés en isolement à l’hôtel Savana. Cette affaire nourrit des inquiétudes chez les populations qui redoutent le risque de propagation du Covid-19 par la voie maritime.

Une fraîcheur enveloppée dans un brouillard entoure la plage de Tonghor, située à la lisière du village de Yoff. L’horloge a déjà dépassé 20h, qui marque le début du couvre-feu sur l’étendue du territoire national. C’est dans cette ambiance obscure, proche de l’apocalypse, qu’ont choisie 38 pêcheurs pour débarquer au quai de pêche de Yoff, fermé depuis 17h. Après Yarakh et Kayar, des pêcheurs continuent de transporter des personnes de localité à localité, foulant au pied l’interdiction de transport interurbain. Yoff a donc pris le relais mardi dernier. «Ils viennent de Joal», confie Diabel Mbéguéré, responsable au quai de pêche de Yoff, qui a quitté son domicile nuitamment pour rappliquer à son lieu de travail.
Comme une traînée de poudre, l’info a fait le tour de la commune grâce au réseau social WhatsApp. Couvre-feu oblige, les discussions et supputations se passent devant les maisons. Le moindre déplacement aperçu de loin est assimilé à la présence des Forces de l’ordre. C’est le sauve-qui-peut. «Qu’on les arrête et que ces hommes soient isolés ! Ils peuvent être porteurs du coronavirus», crie vigoureusement un riverain depuis son balcon surplombant l’océan. Alertée par la brigade de surveillance du quai de pêche, la gendarmerie de Foire débarque. Dans la pirogue figurent 4 ressortissants de Yoff et le reste est composé de pêcheurs de Mbour, Saint-Louis etc. Visage bouffi, les «hommes-bâches» sont éreintés par les rigueurs de la mer.

Les 38 pêcheurs en isolement à l’hôtel Savana
En réalité, les passagers à bord voulaient se dissimuler dans la commune, tranquilles comme Baptiste. Le maire de la commune est vite alerté par les responsables du quai de pêche. Abdoulaye Diouf Sarr, par ailleurs ministre de la Santé, à son tour, appelle le médecin-chef, Dr Diop, pour venir s’enquérir de leur état de santé. Les 38 pêcheurs sont ainsi maîtrisés et placés en isolement dans un centre du quai par la gendarmerie de la Foire. «On était informé de la circulation en mer d’une grande pirogue quittant la petite côte. C’est pourquoi nous avions demandé à notre brigade de surveillance de s’armer de vigilance. Nous avions regroupé tous les acteurs de la pêche pour les sensibiliser en ce sens, à savoir les pêcheurs, les Gie, les mareyeurs etc.», explique M. Mbéguéré, le téléphone collé à l’oreille.
Finalement, les examens faits sur place par le médecin venu du centre de santé Philippe Maguilène Senghor n’ont suscité aucune inquiétude majeure sur une éventuelle contamination au coronavirus des pêcheurs. Mais le maire de la commune a donné comme instruction qu’ils soient mis en quarantaine. Deux bus de Dakar dem dikk ont finalement été affrétés et les 38 pêcheurs acheminés sous escorte de la gendarmerie à l’hôtel Savana pour 2 semaines d’isolement. Au lendemain de cette affaire, toutes les discussions tournaient autour de ce sujet. Mine inquiète, Daouda Guèye a les yeux rivés vers l’horizon. Ce pêcheur installé sur une embarcation craint que la propagation du Covid-19 ne passe par les eaux après la fermeture des frontières terrestres. «Depuis des jours, je ne vais plus à Kayar, Joal, Mbour parce que je ne veux pas attraper le coronavirus et porter du tort à ma famille et à mon entourage», explique Daouda Guèye, en discussion avec des amis dans sa pirogue accostée.
Selon Diabel Mbéguéré, l’ordre leur a été donné de bloquer toutes les embarcations qui viennent des autres localités. Certaines vendeuses interrogées appellent aussi l’Etat à interdire la circulation des grandes pirogues.