REACTION Ababacar Ba, ancien député maire de Khombole, sur le report des élections : «La légitimité des élus locaux s’est effritée»

Ababacar Ba, ancien député maire de Khombole, prône un contrôle des différentes Collectivités territoriales afin de mesurer l’impact réel du énième report des élections locales et départementales sur celles-ci. Il pense aussi que cette prorogation du mandat des élus locaux remet en cause leur légitimité.
L’ancien député maire de Khombole, Ababacar Ba, s’interroge sur la légitimité des élus locaux après le énième report des élections locales. A la faveur d’un face-à-face avec la presse hier, le président de l’Alliance pour le développement et la solidarité/pour l’Afrique par l’Afrique (Ads/Papa) trouve «regrettable» ce report. A ses yeux, «il y a une question de légitimité qui se pose. On se demande si les maires et les conseillers municipaux, qui ont été élus pour 5 ans et qui sont là depuis 7 ans, ont toujours le mandat des populations», dit l’ancien élu qui pense que «cette légitimité s’est effritée». Et pour lui, «il serait bon que ce report soit accompagné d’un contrôle au niveau des différentes collectivités territoriales pour pouvoir voir réellement l’impact».
Toutefois, le leader politique pense qu’il «fallait s’y attendre» avec le dialogue national instauré après l’élection présidentielle de 2019. «Il y a des questions qui ont été posées sur la fiabilité du fichier. Il fallait donc auditer ce fichier et prendre des mesures pour que les élections locales et les autres élections qui seront organisées puissent se dérouler dans la plus grande transparence».
De l’avis de M. Ba, le fichier en question «ne posait pas de problèmes qui pouvaient éviter l’organisation des élections locales», puisque c’est ce même fichier qui nous a permis d’avoir «les alternances de 2000 et de 2012».
Outre les élections locales, l’ancien député maire de Khombole s’est aussi prononcé sur la situation politique nationale avec les évènements en début mars ayant occasionné la mort d’une dizaine de personne. Et c‘est pour faire remarquer que «la route qui mène vers l’histoire politique du Sénégal est malheureusement jonchée de cadavres. On dit souvent que le Sénégal est un pays de paix et de téranga, oui, mais à chaque fois qu’il y a eu des évènements, on a constaté des morts. Donc les Sénégalais sont autant capables du meilleur comme du pire. Nous devons donc faire très attention». Il préconise la mise en œuvre d’un modèle démocratique «adapté à nos réalités», parce que «cette situation est due au modèle démocratique que nous avons hérité de la colonisation. A l’indépendance, nous nous ne sommes pas donné le temps de réfléchir par rapport à un modèle. On a copié un modèle. On veut organiser des élections et gouverner par rapport à ce modèle. Et malheureusement, personne parmi nous et les acteurs politiques ne maîtrise réellement ce modèle démocratique».
Ababacar Ba conclut pour demander aux Sénégalais de se ressaisir, «pour que ces évènements, le énième du genre, ne puissent plus jamais se reproduire». Surtout que depuis qu’ils se sont produits, «il y a une cassure au sein du Peuple sénégalais. Les gens n’osent plus dire la vérité. Ceux qui savent ne veulent plus parler et ceux qui ne savent pas parlent. Si dans un pays on arrive à ce que les gens n’osent plus parler parce qu’on va vous insulter, casser ou brûler votre maison, la situation devient trop grave».