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Le chargé des élections de Rewmi estime que les acteurs du dialogue politique doivent eux aussi «apprendre à vivre en présence du virus». En clair, Ass Babacar Guèye invite à la reprise des concertations pour épuiser les autres questions. Sur le gouvernement d’union nationale agité, il précise que Idrissa Seck n’est pas «un homme de compromission» et sera, le moment venu, «sans complaisance» avec le bilan de la gestion du Covid-19.

La pandémie du Covid-19 continue de faire des ravages. Quelle lecture faites-vous alors de la gestion de cette crise sanitaire et économique ?
Tout d’abord, je m’incline devant  les tombes de toutes les nombreuses victimes emportées par cette pandémie. Depuis la levée de l’Etat d’urgence le 29 juin 2020, on note certes une recrudescence des morts, mais à mon humble avis, on ne pouvait pas ne pas desserrer l’étau pour donner une bouffée d’oxygène à notre économie qui était presque à terre. De ce point de vue, le concept «apprendre à vivre avec le virus» était l’unique solution pour moi. Mais c’est dans la gestion de la sensibilisation et de la communication que l’Etat est passé complètement à côté. Les populations, au sortir de l’Etat d’urgence, ont banalisé le respect des mesures barrières et les autres recommandations comme si la maladie n’était plus là ! Pour ce qui est de la gestion économique de la pandémie, pour rester en phase avec le président Idrissa Seck, nous attendons le bilan du président de la République, capitaine du navire, qui aura certainement la courtoisie  républicaine de présenter un bilan à toutes les forces vives consultées en début de «guerre» pour appréciation non complaisante au finish.

Le chef de l’Etat, qui avait reçu des leaders politiques dont le vôtre, Idrissa Seck, devait-il user des mêmes formes avant de lever l’Etat d’urgence ?
Pas nécessairement à mon niveau. Encore une fois, ce qui est vraiment obligatoire par courtoisie républicaine, c’est le bilan final que le président de la République, quel que soit le format qu’il va utiliser, va présenter à la Nation tout entière.

Depuis lors, on n’entend pas Rewmi et son président parler de la crise sanitaire ou des autres actualités ?
Par rapport à la crise sanitaire, dès lors que le président Idrissa Seck avait donné sa parole au Président Macky Sall avec sa fameuse phrase «l’eau qui est destinée à éteindre le feu  n’a pas besoin d’être filtrée», je pense que le ton était donné et le message était très clair. Et le président Idrissa Seck a donné carte blanche au capitaine pour qu’il puisse diriger la guerre contre cette pandémie, parce que, véritablement, il s’agit d’une guerre, mais qui n’est pas encore terminée. Donc, il faudrait qu’on comprenne l’attitude du président Idrissa Seck qui va attendre la fin de la guerre -Que Dieu fasse que ça soit très vite derrière nous !- pour se prononcer. Nous espérons que, par cordialité et par courtoisie, le président de la République va encore s’ouvrir aux forces vives, comme il l’avait fait au début de la crise, pour faire un bilan. Ce sera alors le moment propice pour que le président Idrissa Seck puisse se prononcer de manière très responsable sur la gestion de cette crise. Mais pour le moment, il n’y a pas lieu de le gêner dans tout ça. Le président Idrissa Seck n’est pas un homme de compromission et sera sans complaisance par rapport au bilan qui lui sera présenté.

De plus en plus, l’on évoque un gouvernement élargi à l’opposition. Trouvez-vous opportun un remaniement et Rewmi est-il prêt à travailler avec Macky Sall ?
Un gouvernement d’union nationale n’est pas encore à l’ordre du jour au sein du parti Rewmi. Cette question n’a été soulevée dans aucune instance du parti. Ensuite, le leader du parti ne s’en est ouvert à qui que ce soit par rapport à cette question. Et mieux, le président de la République, gardien de la Constitution qui doit être demandeur, n’a jamais parlé de ça. Donc, le jour où le président de la République sentira le besoin de mettre en place un gouvernement, et quel que soit le nom qu’il lui donnera, je pense qu’il y aura une opportunité pour les principaux acteurs de se prononcer et en utilisant les canaux qui les agréent. Mais ce que je puis dire, en tant que l’un des proches collaborateurs du Président Idrissa Seck, c’est que je n’ai pas été mis au parfum d’une quelconque participation à un gouvernement d’union nationale.

Quelle lecture faites-vous de la publication des rapports de l’Ige qui épinglent nombre de structures de l’Etat.
L’Ige est l’un des organes de contrôle de l’Etat parmi les plus prestigieux. Il exerce un contrôle a posteriori sur la gestion des deniers publics par les organismes publics sur sa propre initiative ou sur demande du président de la République. C’est pourquoi la publication de ses rapports est un exercice normal et elle doit se faire d’une manière périodique. Malheureusement, sous Macky Sall, la périodicité n’est pas respectée. Le fait que le président de la République reçoit en même temps 3 rapports pose problème. Nous n’avons pas aussi beaucoup d’espoir quant à la suite qui sera réservée aux conclusions et recommandations de ces rapports.

Le président de la République a fixé un ultimatum à ses ministres de procéder à leur déclaration de patrimoine d’ici la fin août. Le voyez-vous comme un exercice de transparence ?
Non, au contraire, c’est le signe d’une véritable crise d’autorité. C’est la loi de 2014 portant création de l’Ofnac qui impose aux ordonnateurs qui gèrent un budget de plus d’un milliard de faire leur déclaration de patrimoine. Evidem­ment la déclaration de patrimoine participe au renforcement de la transparence dans la gestion des affaires publi­ques, mais à condition que les règles qui encadrent cette procédure soient respectées. L’ulti­ma­tum donné par le président de la République aux ministres, au-delà de son aspect contre-feu face aux débats sur la mauvaise gestion dans plusieurs secteurs et les scandales liés au foncier, est une véritable manifestation de la résistance de certaines autorités à se soumettre à cet exercice.

Des juristes estiment que le Président lui-même devait faire sa déclaration de patrimoine après sa réélection en 2019. Est-ce votre avis aussi ?
Ces juristes ont absolument raison. L’article 37 de Constitution est très clair là-dessus. Il lie la prestation de serment à la déclaration de patrimoine. Le Président prête serment après avoir fait sa déclaration de patrimoine. En ne faisant pas une déclaration de patrimoine, son investiture par le Conseil constitutionnel est viciée.

Le dialogue politique doit-il reprendre pour éviter un autre report des Locales ?
Evidemment, et sans attendre. Avec la levée de l’Etat d’urgence et le concept «apprendre à vivre avec le virus» prôné, il nous faut aussi apprendre à dialoguer en présence du virus. Le mandat des élus locaux a expiré depuis le 29 juillet 2019 et ils sont déjà à un an de prolongation. Même si la date butoir du 28 mars 2021 est validée pour la tenue des prochaines Locales, ils auront encore 8 autres mois supplémentaires. Ce qui est vraiment  excessif. Donc, impérativement, le dialogue doit reprendre pour épuiser les 4 questions qui restent dont le statut de l’opposition et de son chef, ainsi que la rationalisation du calendrier électoral.

Quelles mesures le président de la République devrait-il prendre dans l’affaire des gazelles Oryx ?
Dans cette affaire qui sent à mille lieues un conflit d’intérêts manifeste, la décision du chef de l’Etat devait être de faire retourner les rescapés dans leur écosystème du Ferlo et de sortir au plus vite le fautif du gouvernement. Car, plus qu’un patrimoine du Sénégal, les gazelles Oryx, espèce en voie de disparition, appartiennent à toute l’huma­nité. Raison de plus pour que le président de la République prenne des mesures draconiennes pour donner un signal fort à tout le monde.

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