La Pharmacie Sénégalaise est malade. Elle a des problèmes pour l’insertion des étudiants sortis des universités et les salaires qui sont payés dans ce secteur, sont dépassés. Une situation dénoncée par Dr Sokhna Diagne Ndiaye, la marraine de l’Union des jeunes pharmaciens du Sénégal (Unjps).Par Malick GAYE
– Dans l’union sacrée imposée par le Covid-19 pour lutter contre cette pandémie sanitaire, les pharmaciens semblent être plus spectateurs qu’acteurs. Du moins, c’est le sentiment de Dr Sokhna Diagne Ndiaye. Marraine de l’Union des jeunes pharmaciens du Sénégal (Unjps), elle a souligné les manquements leur concernant, notés dans le dispositif de lutte contre le Covid-19. «Ils sont 300 pharmaciens qui sortent, chaque année, de l’université et des écoles privées. On ne peut pas tous les insérer dans les officines. Et l’assistanat n’a jamais été organisé dans ce pays, pour leur permettre de créer leurs propres pharmacies. En France, des pharmacies font le test rapide du Covid, elles administrent le vaccin et délivrent des pass-vaccinaux. Si cette méthode était appliquée au Sénégal, cela aurait pu permettre de faire travailler beaucoup de personnes», a déclaré Dr Ndiaye samedi passé, lors de l’Assemblée générale de l’Unjps pour dénoncer le manque de vision dans la lutte contre le Covid-19.
Même si elle reconnaît une erreur de gestion, Dr Sokhna Diagne Ndiaye estime que c’est à la corporation de montrer son poids et de mener le combat. C’est dans cette logique qu’elle a affirmé ceci : «Il y a tellement d’opportunités dans ce secteur. En Côte d’Ivoire, aucune décision ne se prend sans les pharmaciens, car ils sont organisés. Il faut que l’Union des jeunes pharmaciens occupe l’espace avec des plans stratégiques. Commencez par faire une étude, pour proposer une grille salariale à adopter dans la convention collective.»
Pour Dr Sokhna Diagne Ndiaye, la formation des pharmaciens doit être revue, pour préparer les futurs salariés au monde du travail. Elle est d’avis qu’«il faut aussi revoir la formation des pharmaciens. Ils n’ont pas de bagage dans le domaine de la gestion. Il ne faut pas oublier que les officines sont des Pme et qu’elles ont obligation de résultat. On doit intégrer ce domaine dans la formation».
Répondant à l’interpellation de la marraine, Dr Djibril Fall estime que l’urgence est de revoir la grille salariale des pharmaciens, avant de parler de formation. «On ne peut pas aider un homme quand on a soi-même besoin d’aide. Cela est évident. L’Ordre est en train de travailler sur une convention. Cela a pris du retard, mais il faut s’en féliciter. La convention collective va prendre en charge beaucoup de questions».
Mais en attendant, Dr Fall demande aux pharmaciens de se diversifier. «Il faut explorer le secteur du cosmétique et de l’agroalimentaire. Il faut recueillir les besoins et s’y pencher», a-t-il invité les pharmaciens. Pour Dr Djibril Fall, la réforme du secteur de la pharmacie est en train d’être opérée par l’Etat. La direction de la Pharmacie va se substituer à l’Agence de régulation de la pharmacie, qui sera plus indépendante.
Une réforme que la marraine de l’Ujps appréhende avec pessimisme. «L’industrie n’a jamais était une question sérieuse dans ce pays. J’ai fait 5 semaines avec le Pse pour réfléchir sur comment avoir une industrie pharmaceutique au Sénégal, mais je reste sur ma faim concernant les conclusions. Il y a tellement d’initiatives qu’on ne s’y retrouve pas», a constaté Dr Sokhna Diagne Ndiaye.
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