Dans un rapport qui couvre la période du 1er décembre 2018 au 9 février 2019, Alioune Tine, expert indépendant des Nations unies, sur la situation des droits de l’Homme au Mali, livre ses constats issus de l’exécution de sa mission dans ce pays. Il note l’existence «de démarches entreprises afin de s’attaquer au problème de violences sur fond des tensions communautaires et met en garde contre une détérioration continue de la situation en matière de sécurité dans les régions centrales du Mali».

La situation des droits de l’Homme au Mali reste préoccupante. En effet, «le mois de décembre 2018 demeure l’un des plus meurtriers de l’année écoulée à cause des violences sur fond de tensions communautaires et des violences des groupes extrémistes», dit M. Alioune Tine, expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme au Mali. Qui note que sur les 105 incidents recensés entre octobre 2018 et début janvier 2019, pour lesquels des abus ou violations des droits de l’Homme ont pu être corroborés, les acteurs étaient majoritairement issus des groupes d’autodéfense et des groupes extrémistes violents. A en croire M. Tine, «les chasseurs traditionnels (dozos) sont responsables de 30% des incidents recensés et 56% des civils tués tandis que les groupes d’autodéfense peuls ont causé 5% des incidents et 1% des civils tués. Le groupe Jnim a provoqué 29 incidents et la mort de 26 civils alors que l’Etat islamique au grand Sahara (Eigs), n’étant responsable que 6 des incidents, ses éléments ont tué 61 civils».
Par ailleurs, l’expert indépendant informe avoir reçu des informations qui faisaient état de plus de 20 mille femmes nigérianes qui seraient forcées à se prostituer dans les régions sud du Mali. Le rapport constate que dans le cadre des opérations de recherche de potentiels éléments terroristes à Tombouctou et Mopti Tiessaba, les Forces de défense et sécurité maliennes auraient procédé à l’arrestation d’au moins 55 suspects issus de la communauté peule. Et d’ajouter : «Les mauvais traitements infligés à ces individus auraient causé la mort d’un des suspects et l’amputation du bras droit d’un autre.» Par conséquent, M. Tine «reste préoccupé par les violations qui auraient été commises par les Forces armées maliennes et leurs alliés dans le cadre d’opérations antiterroristes». En plus des Forces armées maliennes, dit le document, les groupes extrémistes à l’instar de l’Etat islamique au grand Sahara (Eigs), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Gsim) entre autres, sont très actifs et constituent une atteinte aux droits de l’Homme avec leurs assassinats et enlèvements.
Concernant les femmes, l’expert indépendant note que le fait que le projet de loi interdisant la violence sexiste n’ait pas été adopté place ces dernières dans une situation très vulnérable. Tout de même il se réjouit de la création, par le Comité de suivi de l’accord de paix, d’un groupe de travail pour identifier des options concrètes afin d’accroître la participation des femmes au processus de paix. M. Tine constate dans la foulée que le Code protection des enfants n’a jamais été adopté et que les institutions régionales en faveur de ces derniers sont toujours absentes dans les régions de Ménaka, Taoudéni et Kidal. Dans un autre angle, l’expert en droits de l’Homme note que le nombre personnes déplacées de leur propre pays avait atteint, à la fin de décembre 2018, 120 288, ce qui représente, selon lui, une augmentation 92% en six mois. Par conséquent, après avoir noté les démarches entreprises afin de s’attaquer au problème de violences sur fond des tensions communautaires, M. Tine met en garde contre «une détérioration continue de la situation en matière de la sécurité dans les régions centrales du Mali avec un impact négatif sur la jouissance des droits de l’Homme».