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Les droits humains ont été bafoués lors de la dernière Présidentielle en Guinée. Prenant prétexte de l’investiture du Président Alpha Condé pour un troisième mandat, Amnesty International évoque les nombreuses violations des droits de l’Homme qui ont émaillé le processus électoral.

Les constats d’Amnesty International sur la situation des droits humains en Guinée, à la suite des événements qui se sont déroulés lors de la dernière Présidentielle, ne plaident pas en faveur du régime du Président Alpha Condé. L’Ong de défense des droits humains, dans un communiqué, fait état d’un «usage excessif de la force tuant par balle plus d’une dizaine de personnes et arrêtant des centaines d’autres lors de manifestations ou d’opérations de police dans des quartiers perçus comme favorables à l’opposition». «Un homme de plus de 60 ans» serait mort «des suites de torture», annonce Amnesty international.
Au moment où le Président Alpha Condé, réélu pour un troisième mandat, a été investi, Ai met en avant «le nouveau cran franchi dans la répression des opposants et des voix critiques entre le 19 octobre et le début de ce mois, sur la base de témoignages recueillis auprès de familles de victimes, d’analyses et d’authentifications de photos, et d’un décompte fait auprès de structures médicales».
Fabien Offner, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty international, ne manque d’ail­leurs pas de souligner que «l’investiture du Président Alpha Condé ce 15 décembre est l’aboutissement d’un processus électoral contesté, marqué par plus d’une année de violations graves des droits humains en Guinée en toute impunité. Avant, pendant et juste après l’élection, des personnes ont été tuées et blessées par la police et la gendarmerie et les annonces régulières d’ouverture d’enquêtes n’ont trouvé à ce jour aucun aboutissement».
Le chercheur souligne que ce nouveau mandat devrait être une occasion pour le dirigeant guinéen de «rompre avec le passé répressif». «Tous les meurtres présumés de manifestants et d’autres individus qui résultent de l’usage excessif et illégal de la force, et ceux de policiers doivent faire l’objet d’enquêtes, et leurs auteurs poursuivis en justice pour répondre de leurs actes», plaide M. Offner.
Par ailleurs, le document d’Ai fait état de «manifestations parfois violentes» avec des Forces de l’ordre qui «ont mené des opérations dans certains quartiers qui se sont soldées par des morts». «Selon les autorités judiciaires, pendant les jours qui ont suivi l’élection présidentielle, 20 dépôts de corps ont été effectués au service de médecine légale de l’hôpital Ignace Deen à Conakry suite aux violences post-électorales, «pour les besoins d’autopsie». Pour l’Union des forces démocratiques de Guinée (Ufdg, opposition), 46 personnes ont été tuées par les forces de de défense et de sécurité entre le 19 octobre et le 3 novembre. Selon un décompte effectué par Amnesty Inter­national, au moins 16 personnes ont été tuées par balle entre le 18 et le 24 octobre. Entre le 19 et le 28 octobre, une seule clinique de la capitale a reçu 37 blessés, dont 15 par arme à feu et neuf par arme blanche», indique le communiqué d’Am­nesty international.
«La contestation de la réélection du Président Condé ne doit en aucun cas être un prétexte de plus pour museler les opposants, empêcher les manifestations pacifiques et protéger l’impunité des forces de défense et de sécurité auteurs de violences sur des manifestants et passants. Le nouveau gouvernement doit mettre fin de toute urgence à la répression sanglante observée en Guinée», a déclaré Fabien Offner.
Evoquant des représailles contre des citoyens guinéens, Ai mentionne «une série de violences exercées par les forces de défense et de sécurité contre les habitants de quartiers de la capitale réputés proches de l’opposition».
«Le Directeur général de la Police nationale a fait état de deux «attaques armées par deux groupes d’assaillants au niveau du marché de Wa­nindara», un quartier de Cona­kry, menées le 30 novembre contre des «agents de police, faisant un mort et trois blessés parmi ces derniers. Le ministère de la Sécurité a qualifié l’attaque d’ «actes terroristes» et la police a annoncé des «ratissages» et un «dispositif cos­taud» à Wanindara. C’est dans ce contexte que Mamadou Lamarana Diallo, un jeune habitant de Wanindara a été tué à bout portant le 1er décem­bre dernier sans raison, par un groupe de six policiers venus fouiller sa maison familiale. Le jeune homme ne présentait aucun danger immédiat», soulignent ces défenseurs des droits humains.

Utilisation de balles réelles
Amnesty International fait aussi état de «l’utilisation de balles-possiblement de fabrication chinoise- pour les armes de type AK/MPAK. Ces armes sont fréquemment utilisées par des membres des forces de défense et de sécurité, comme le prouvent de nombreuses vidéos et photographies au­thentifiées par l’organisation».
Amnesty International souligne l’existence de cas de «torture et mauvais traitements» et annonce des «arrestations et (de) détentions arbitraires». Entre autres, on retiendra qu’«au moins 400 arrestations arbitraires ciblant des opposants et des membres de la Société civile après l’élection présidentielle. Le 31 octobre, le président de la Cour d’appel de Conakry a annoncé que 325 personnes avaient été interpellées dans le cadre des violences post-électorales». «Le 10 novembre, le procureur de Dixinn a annoncé que 78 personnes avaient été présentées à un juge et que plusieurs autres étaient recherchées par les enquêteurs. Le lendemain, certaines étaient arrêtées dont Ibrahima Chérif Bah, vice-président de l’Ufdg, Ousmane «Gaoual» Diallo, député et coordinateur de l’Ufdg, Abdoulaye Bah, ancien maire Ufdg de Kindia, Etienne Soropogui, président du mouvement «Nos valeurs communes», et Mamadou Cellou Baldé, coordinateur des fédérations Ufdg de l’intérieur. Ces personnes sont inculpées pour «détention et fabrication d’armes légères, d’association de malfaiteurs, de trouble à l’ordre public, pillage et destruction, de participation à un attroupement, de propos incitants à la violence», renseigne le document.

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