Jme – Conséquences de la dégradation des terres : Une planète toujours en surchauffe

Le réchauffement climatique continue, mais les mesures semblent être minimes pour améliorer la situation de la planète. Par exemple, la dégradation des terres a provoqué la réduction de la productivité et l’augmentation des prix des denrées alimentaires.Par Justin GOMIS –
A l’instar de tous les pays du monde, le Sénégal a célébré, mercredi, la Journée mondiale de l’environnement sous le thème : «La restauration des terres, la désertification et la résilience à la sécheresse», avec comme slogan : «Nos terres, notre avenir, nous sommes la génération restauration.» D’après le professeur El Hadji Mamadou Sonko, Directeur général de l’Institut des sciences de l’environnement, la Journée mondiale de l’environnement (Jme) «est devenue une plateforme mondiale de sensibilisation et de prise d’initiatives pour répondre aux défis urgents, qu’il s’agisse du réchauffement climatique, de la pollution, de la consommation durable ou de la criminalité contre la vie sauvage». Et il y a de quoi y réfléchir. Car 52 ans après la création de la Jme, indique le Directeur général de l’Ise, rien n’est fait pour inverser la tendance. «Rien d’extraordinaire, et même pas des choses ordinaires», a-t-il dit. Ainsi, «la terre continue à se réchauffer. La mer continue de grignoter nos plages. Les ressources halieutiques continuent de se dégrader, poussant des pêcheurs aguerris à être des capitaines de bateaux clandestins à l’assaut de l’océan pour l’émigration. L’environnement devient de plus en plus malade, car agressé par nos divers rejets industriels, agricoles et domestiques. Les ressources naturelles continuent d’être les mamelles qui alimentent et entretiennent les guerres de plus en plus violentes. Les animaux sauvages désertent de plus en plus les forêts et tendent à s’humaniser du fait que l’on ait rompu les frontières naturelles. La terre ne rétribue plus, à sa juste valeur, au paysan, les fruits de ses durs labeurs, sous un soleil dont rayonnement réchauffe de plus en plus», a énuméré l’enseignant, tout en se désolant du fait qu’après 52 ans, le monde ne soit même pas au point de départ, mais «plusieurs années en arrière».
Estimant que cette journée est l’occasion pour le gouvernement, les collectivités territoriales, les organisations de la Société civile de mener des activités de sensibilisation pour renforcer la prise de conscience de la responsabilité humaine dans la protection de l’environnement qui est le support indispensable de nos activités de développement, le ministre de l’Environnement, qui a présidé le lancement de la célébration de cette journée, n’a pas manqué d’attirer l’attention sur les risques qu’encourt la planète. «L’état de notre planète interpelle chaque citoyen du monde. Environ 40% des terres de la planète sont dégradés. Ce qui affecte directement la moitié de la population mondiale et menace la moitié du Produit intérieur brut.» Il ajoute que «le nombre et la durée de la sécheresse ont augmenté de 29% depuis 2000. Sans une action urgente et ambitieuse, les sécheresses pourraient toucher les 3⁄4 de la population mondiale».
Au Sénégal comme dans les autres pays de bande sahélienne, «la sécheresse et la désertification figurent parmi les principales causes de la baisse de la productivité agricole et également de l’insécurité alimentaire. Les conditions climatiques extrêmes liées au changement climatique ne cessent d’aggraver la situation», a informé Daouda Ngom. D’après lui, «la réduction de superficies forestières est de l’ordre d’1 million 075 mille ha en 25 ans (1990-2015). La perte, du fait de la déforestation, des 2/4 de la forêt, de la mangrove au début des années 70, sur les 185 000 ha que compte le pays. L’avancée de la désertification avec notamment la migration des eaux, 300 et 400 ml entre 1951 et maintenant».
Abondant dans le même sens, Pr Mame Samba Mbaye pense que la célébration de cette journée doit déclencher une conscience collective, puisque la sécheresse, la désertification, la dégradation des sols constituent une sérieuse menace pour nos sociétés. Selon le vice-recteur de l’Ucad, «plus de 2 milliards d’ha de terres sont dégradées dans le monde. La dégradation réduit la productivité alimentaire mondiale de 12%. Ce qui entraîne une hausse des prix des denrées alimentaires, mais cela pourrait aller jusqu’à 30% d’ici 2025. Environ 10 milliards de Produit intérieur brut pourraient être perdus d’ici 2050».
Au regard de ces chiffres alarmants, il est important et urgent d’agir en ce sens que l’action de l’homme peut changer beaucoup de choses. «Nous avons l’obligation d’agir. Mais en tant qu’universitaires, nous sommes obligés d’agir en produisant des connaissances pertinentes à travers des recherches de pointe pour aider à la prise des décisions. Nous devons former des ressources humaines de qualité à même de prendre en charge les problèmes liés à la dégradation de la nature et des problèmes connexes. Il faut servir les communautés», a suggéré M. Mbaye. C’est dans ce sens que le parrain de la journée, Cheikh Awa Balla Fall, a invité les nouvelles autorités du pays à faire de la question de l’environnement la centralité de leur politique.
Et selon le ministre de l’Environnement, le gouvernement du Sénégal s’est attelé à trouver des voies et moyens d’inverser la tendance tout en renforçant la résilience. «C’est ainsi que notre pays a élaboré pour la première fois en 1998, son Programme national de lutte contre la désertification. En application des dispositions de la Convention contre la désertification, signée et ratifiée pour identifier des facteurs qui contribuent à la désertification et les mesures prises pour lutter contre ces situations évitent les effets de la sécheresse», a-t-il rassuré. Le Pr Mame Samba Mbaye pense aussi que «la restauration de 15% des terres permettrait d’éviter 60% des exceptions d’espèces, et la conservation et la restauration des écosystèmes pourraient contribuer à lutter efficacement contre les changements climatiques». «Nous sommes obligés aujourd’hui de nous rapprocher des communautés et de toutes les autres composantes de la société qui ont besoin de l’université», a-t-il dit.
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