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  • Cette vague est plus virulente que la première
  • Nous n’allons pas du tout exposer les Sénégalais avec le vaccin, tout sera contrôlé et surveillé
  • Nous avons trouvé des hôpitaux inachevés durant 5 ans que nous avons terminés en 35 mois»

Toujours droit dans ses bottes face au coronavirus, le ministre de la Santé et de l’action sociale continue fermement de mener sa lutte contre le fameux ennemi. Accompagné de ses proches collaborateurs, Abdoulaye Diouf Sarr a monté avec «honneur», et pour la première fois, «Les Marches du Quotidien» pour «inaugurer» le nouveau siège du journal à Diamniadio, afficher sa sérénité face au succès de la riposte du Sénégal contre le Covid-19, évoquer le futur vaccin à mettre à la disposition de ses compatriotes, le début de la deuxième vague du Covid-19, le système sanitaire… Tout un programme décliné, dans cette première partie de l’entretien, sans langue de bois pour ne pas dire tout court…sans masque.

Vous avez dit que la nouvelle vague est plus virulente. Est-ce à dire que nous avons la nouvelle souche mutante dont on parle dans les pays occidentaux ?
Nous avons constaté depuis la 45ème semaine de la pandémie qu’il y avait quelque chose qui était en train de bouger parce que notre courbe était descendante avec énormément d’espoir. Et soudain, nous nous sommes rendu compte que ce qui se passait ailleurs en termes de rebondissement et d’agressivité du virus se rapprochait.
En Europe il y avait une deuxième vague. On a vu que dans notre sous-région en Afrique véritablement les choses devenaient plus agressives. Et soudain au Sénégal, on a vu nos cas grimper. Dans un premier temps, on a eu 40 cas, ensuite 80, 116 et même 127. On s’est dit qu’on pouvait sans risque de nous tromper nous prêter à cet exercice de qualification de ce qui était en train de se passer. Est-ce qu’il fallait qualifier cela de vague ? On s’est dit : oui, rendons-nous à l’évidence ! Disons simplement que nous sommes dans une deuxième vague !
La situation est telle qu’on s’est rendu compte aussi que du point de vue de l’agressivité du démarrage de cette deuxième vague, on a eu un virus jugé plus méchant, entre guillemets. De là à dire que nous avons le même virus que celui de certains pays ou d’un pays, je ne pourrais pas aller jusque-là. De manière claire, du point de vue des statistiques que nous avons sur le taux de positivité par district, mais aussi le taux d’attaque et autres paramètres, nous pouvons dire sans risque de nous tromper que le début de cette vague a une courbe ascendante raide. Autrement, on peut dire simplement que c’est plus virulent que la première vague.

Est-ce que cette perception de virulence est due au fait que les personnels médicaux sont fatigués ou c’est arrivé à un moment où il n’y a plus de ressources nécessaires pour faire face à la pandémie ? Ou y a-t-il eu un relâchement quelque part à un certain niveau de la chaîne de commandement ?
Je vais parler de relâchement, mais il ne peut pas dans un premier temps s’apprécier à un niveau stratégique ou de commandement. Même si à un certain moment de la riposte, quand on était au creux de la vague, complétement en bas, on était dans une stratégie de redéploiement pour être plus attentif à la continuité du service et aux autres maladies.
Mais le relâchement constaté, il faut le dire de la manière la plus directe, c’est dans les mesures barrières. Cette pandémie, du point de vue de la prévention, a un package de solutions : c’est le port systématique du masque, donc il faut confiner le virus au niveau de chaque individu. Ensuite, il y a la distanciation physique. C’est tout ce que nous sommes en train d’appliquer pour que le virus ne passe pas d’une personne à une autre et éviter la dynamique des regroupements. C’est aussi le lavage des mains, la communication, la prise en charge du volet changement de comportement par les communautés.
Au plus fort de la riposte, tout cela était de mise. Mais quand on a vu que la situation était plus ou moins maîtrisée du point de vue du nombre de cas, les populations de manière générale ont lâché. Comme si le virus n’était plus là ou comme si cela n’arrivait qu’aux autres. Cette situation est dommageable parce qu’aujourd’hui il n’y a rien à faire : on ne peut pas économiser le respect systématique des mesures barrières.
Les moyens de la riposte sont là et bien là, parce qu’on a eu un premier plan de préparation de la riposte avant le 2 mars qui était évalué à 1,4 milliard. Il s’agissait de préparer la riposte. On n’était pas encore en situation de riposte avec un cas. On sentait venir de tous bords, et le débat se posait et l’ensemble des analyses de nos équipes projetaient que le virus va arriver, mais on ne savait pas quand. C’est arrivé chez nous le jour même de la validation de la préparation de la riposte. On était en réunion, certains d’ailleurs pensaient qu’on était déjà informé et c’était le prétexte de la réunion. Ce qui n’était pas le cas, c’était une coïncidence parce que moi-même c’est en pleine réunion qu’on m’a dit qu’un prélèvement qui pourrait être positif était en instance à l’Institut Pasteur. Tout de suite après nous sommes entrés en contingence, plan de préparation de la riposte, plan de contingence.
Je félicite et remercie le chef de l’Etat qui a accepté le plan de contingence et globalement. Et c’est ce plan, évalué de manière claire au début à 64 milliards, qui nous a permis de tout de suite dérouler toute la riposte. Le plan de contingence santé est un élément global du plan de résilience. Il y a un plan de résilience multisectoriel qui permet au Sénégal dans l’ensemble de ses aspects de bien se préparer. Cela, au plan de l’appui aux ménages, aux différents secteurs et au plan direct de la riposte sanitaire. C’est tout cela qui faisait des milliards et dedans il y avait une armoire santé qui permettait aux équipes, dans le cadre de la riposte, d’être efficaces en termes de prévention, de diagnostic par les laboratoires, de prise en charge au niveau des Cte, mais aussi de médicaments et autres.
C’est ce budget qui nous a permis de compenser énormément et de mettre notre système dans une situation de pouvoir prendre en charge l’ensemble de nos malades. De deux Cte au début qui tournaient autour de Fann, on est passé à un nombre global qui permettait de mailler tout le territoire. Et cette flexibilité de notre système de santé, cette résilience, est à noter parce qu’au début les gens ne donnaient pas du tout le Sénégal gagnant en se disant si on atteint 500 malades, on est à terre.
On est allé jusqu’à un nombre de malades important et le système a été non seulement résilient, mais assez flexible du point de vue de sa capacité d’adaptation pour prendre en charge la nouvelle donne. Et cela, nous l’avons capitalisé aujourd’hui dans le système. Nous avons le nombre de respirateurs qu’il faut partout. On en a même en stock pour parer à toute éventualité. Il y a le nombre de lignes d’oxygène qu’on a augmentées dans les structures. On a dans chaque Cte le nombre pertinent d’appareils de générateur de dialyse pour prendre en charge les malades Covid-19, parce qu’on ne peut pas les amener dans les centres destinés aux autres patients.
On a mis en place 12 scanners tout de suite destinés au Covid-19. Le Sénégal, jusque-là, n’avait pas d’Irm, peut-être à Principal seulement, mais aujourd’hui, avec un peu plus d’effort, on a mis en place deux Irm à Dalal Jamm et à Fann.
Il faut aussi reconnaître que 9 mois de lutte, ce ne sont pas 9 jours. Ce sont 9 mois de riposte avec les mêmes personnels, forcément il y a effectivement la fatigue. Mais les personnels de santé et de l’action sociale ont une religion de leur travail telle qu’ils se disent que : c’est nous qui sommes au combat, c’est dur. Nous sommes fatigués, mais tant que le virus est là, on va poursuivre et on va se battre pour permettre au Sénégal de sortir de cette lutte.

On entend de partout des lauriers tissés pour le Sénégal. Quel est le secret pour avoir tiré son épingle du jeu, relativement à la gestion de cette pandémie ?
Excellente question ! Il faut reconnaître deux choses importantes. C’est que quand on est dans une riposte de cette nature, il y a des moments d’évaluation. Il y a de l’évaluation à mi-parcours. On est en train bien sûr d’évaluer, et au fur et à mesure que l’on avance on évalue le système qui est éprouvé par les événements. Et le Sénégal est un pays extrêmement ouvert dans la réflexion, et cela il faut s’en réjouir, et très démocratiquement dans tous les secteurs. Rappelez-vous, tous les jours on voyait un spécialiste ou quelqu’un qui s’improvise très grand connaisseur de la question et qui tire sans raison sur ce que nous étions en train de faire ! Mais nous sommes restés droit dans nos bottes, sur des principes.
Le premier élément de la réussite c’est que le portage du Sénégal a été au sommet de l’Etat. Cela est très important. Dans beaucoup de pays on a vu les choses s’éparpiller à la base opérationnelle sans qu’il y ait un portage stratégique au sommet. On est dans une situation de crise inédite que le monde n’a jamais connue.
Dans tous les pays du monde, nous avons vu au sommet de l’Etat qu’on s’en occupait de manière ponctuelle, évènementielle. Au Sénégal, le chef de l’Etat a pris les choses et géré la situation au jour le jour. Cela a été un élément distinctif très positif.
Deuxième élément, c’est la lisibilité de l’organigramme de la riposte. Après le sommet stratégique, il y a eu un Comité national de gestion des épidémies qui est l’avis d’expert national en la matière, l’unicité du point de vue scientifique. Ce Comité national de gestion des épidémies qui s’interpose entre le sommet stratégique, qui est effectivement le chef de l’Etat et son gouvernement, qui donne les avis d’expert pour alimenter et permettre d’appuyer les décisions, ce comité a joué un rôle important. La force de ce comité, c’est qu’il est multisectoriel, se réunit tous les lundis et cette stratégie nationale est déclinée en stratégie régionale. Il y a Mme la directrice générale de la Santé qui dirige parce que c’est le lead de la santé, mais on a l’Environnement, les Forces de défense et de sécurité, l’Economie…
Toujours dans l’organigramme de la lutte, il y a des Comités régionaux de gestion des épidémies qui sont dirigés par des gouverneurs. Parce que dans un territoire, la lutte doit être portée par le gouverneur pour que la «multisectorialité» prenne effet. Il y a un niveau politique et stratégique, et il y a une déclinaison territoriale et maintenant à la base de la riposte.
Sur le terrain, on a d’excellents dispositifs de diagnostic, de labos. C’est l’Institut Pasteur dans un premier temps qui a formé l’ensemble des labos de la sous-région, ensuite c’est l’Iressef. Ensuite, on a fait ce qu’on appelle la décentralisation de laboratoires. C’est au Sénégal que l’on peut faire son test et l’avoir le même jour dans toutes les régions. On est allé ensuite dans la prise en charge. C’est faire en sorte que quand quelqu’un est malade il puisse avoir une structure hospitalière pour le prendre en charge.
Après la prise en charge, il y a la dimension information-communication. L’élément moteur qui a fait la différence c’est que le Sénégal s’est dit très tôt que nous devons être transparents dans la communication. Si nous ne sommes pas transparents, si nous ne disons pas les choses le jour même, le lendemain, à la première heure, on va se disperser de telle sorte que ce sera la panique dans le pays. Je riais sous cape à chaque fois que j’entendais quelqu’un dire : on ne nous donne pas les bons chiffres, on ne nous dit pas la vérité.
Après c’est la qualité de notre système d’information. Si vous voyez les critères de ce rating qu’on a fait pour le Sénégal, la dimension information-communication était importante, celle portage au sommet de l’Etat a été importante, mais la dimension résilience globale du système national était importante. Parce que si on était faible dans les autres domaines, je vous assure qu’en ce moment-là la santé n’aurait pas fait ces résultats. Parce qu’on a soutenu les familles. Ces dernières acceptent certaines restrictions qu’on leur impose dans le cadre de la riposte. Il fallait les soutenir et soutenir les entreprises au plan économique.

Néanmoins, malgré tout ce que vous dites, au regard de ce qui se passe avec cette deuxième vague, il se murmure qu’un autre plan d’urgence serait en préparation avec une adoption de l’Etat d’urgence. Est-ce à dire qu’il y a possibilité de rétablir la situation telle qu’on l’a connue durant le mois de mars ?
Moi je suis de ceux qui pensent qu’en toute objectivité, quand on est dans une situation de pandémie, l’élément essentiel, c’est de faire en sorte que les populations retrouvent globalement une sécurité sanitaire. C’est la sécurité sanitaire qui est d’abord la priorité des priorités.
Aujourd’hui, si la situation sanitaire qui se projette devant nous impose une décision, l’Etat va prendre ses responsabilités. L’Etat d’urgence sanitaire du point de vue juridique est une trouvaille récente dans le contexte de la pandémie Covid-19. Moi, je n’ai jamais entendu dans la littérature ou dans mes connaissances livresques parler d’Etat d’urgence sanitaire. Il fallait donc adapter un instrument juridique à une situation sanitaire qui était là. Dans l’avenir, il faut faire en sorte que, sans parler même d’Etat d’urgence, quand une situation sanitaire impose des restrictions, elles soient prises dans des conditions plus souples pour permettre effectivement à une riposte sanitaire de se mouvoir de la manière la plus correcte. Mais tout cela doit être apprécié à la lumière des évolutions.

A un moment, on a eu l’impression qu’il y a eu peut-être des désaccords sur les options au sein du gouvernement. Par exemple, les questions sécuritaires primaient sur la prise en charge sanitaire et cela donnait l’impression d’une certaine cacophonie…
Non, je ne pense pas. Il n’y a jamais eu dans le cadre cette riposte de cacophonie. Ça peut être une perception. La perception est-ce qu’elle est ? Mais la réalité est différente de la perception. La réalité c’est que dès le début de la riposte, le 2 mars, à la conférence de presse que moi-même j’ai tenue pour annoncer aux Sénégalais qu’il y a un premier cas, j’ai dit que nous devons gérer cette situation de la manière la plus transversale. Et tous les ministres, qui sont dans le cadre de la riposte dont les agents sont représentés au Cnge, se sont déplacés pour venir au ministère de la Santé et faire leur communication.
Ensuite, nous avons dirigé la riposte en mettant la santé devant en tant que secteur leader. Mais à un moment, naturellement il fallait se rendre à l’évidence. C’est voir est-ce que de manière globale la situation sécuritaire du pays n’exigeait pas que l’on recule sur certains aspects. Moi-même, en tant que ministre de la Santé, ça paraissait en son temps paradoxal. J’avais défendu l’idée qu’il faut absolument permettre à notre riposte sanitaire de se poursuivre. Et pour cela, il faut que mes équipes puissent entrer dans les quartiers, qu’elles soient en sécurité. C’était au plus fort de la stigmatisation et du déni. Et à partir de ce moment, on a un tout petit peu allégé.
Mais il y a un autre aspect. Souvenez-vous ! On a parlé de situation économique des ménages, des entreprises, de l’Etat de manière générale. Et quand la situation économique arrive à un certain niveau, mais il ne peut plus y avoir de riposte sanitaire, tellement la dégradation économique peut compromettre nos objectifs sanitaires. C’est pourquoi nous avons effectivement, dans le gouvernement, compris que tout est dosage. Tout est effectivement synergie globale. Et dans cette recherche d’une synergie globale, en mettant la préoccupation principale pour ne pas dire la contribution principale, c’est effectivement dire que notre objectif est de sortir le virus du pays en tenant compte de beaucoup de paramètres.

Le Président disait qu’il faut apprendre à vivre avec le virus. Quand vous tirez le bilan, est-ce que vous vous dites que les Sénégalais ont perçu le message ou non ?
Le message du chef de l’Etat, il faut l’apprécier. Dire qu’il faut apprendre à vivre avec le virus, c’est dire que le virus est là, nous ne savons pas quand il va sortir du pays pour plusieurs raisons. Nous n’avons pas de solution scientifique ou médicale. Nous nous battons dans le cadre d’une prévention, l’arrêter dans le cadre d’une prise en charge d’un traitement, guérir tous ceux qui sont atteints. Donc il est important de savoir qu’on ne peut pas tout fermer et dire qu’on attend que le virus parte pour rouvrir. C’est de la pure logique et du pur réalisme. C’est pourquoi le chef de l’Etat dit qu’il faut qu’on apprenne à vivre avec le virus. Mais quand il dit ça, ça ne veut pas dire se donner au virus. C’est respecter strictement l’ensemble des mesures barrières.
Les gens ont bien compris le message, mais dans la mise en œuvre de tout cela en termes de vivre avec le virus, il y a un certain relâchement des populations par rapport aux mesures barrières.

Est-ce que ce message du chef de l’Etat n’a pas été sapé par les chefs religieux ?
Nous ne pouvons pas aujourd’hui dire que le message du chef de l’Etat a été sapé par les religieux, les artistes ou les sportifs. Nous ne voulons pas entrer dans une logique de catégorisation. Nous savons qu’on a eu des religieux qui se sont donné dès le début de la riposte pour envoyer un message favorable à la riposte. Mais les religieux, ce sont des composantes de la société. En un moment aussi, nous avons vu qu’il y a beaucoup de choses que nous pouvions éviter et permettre aux Sénégalais de comprendre le message du chef de l’Etat.

Justement, quelles sont les difficultés pour que les gens comprennent ?
Globalement, il y a effectivement par rapport au respect des mesures barrières, de la non-observation des mesures barrières. Donc là où on trouve des problèmes, c’est dans la prise en charge par les communautés de cette responsabilité. De mon point de vue, c’est une responsabilité non seulement individuelle de chaque Sénégalais, dans les familles, les communautés. Cette responsabilité et ce comportement citoyen face aux mesures barrières posent à bien des égards des problèmes.

Est-ce que la prise en charge à domicile est efficace ?
Oui, la prise en charge à domicile, si elle est appliquée selon le protocole normalisé qui est donné par le Crge, est extrêmement efficace. Elle concerne les asymptomatiques. J’ai réuni ce matin (Ndlr : mardi) les médecins-chefs de district de la région de Dakar pour justement évaluer cet aspect. Et tous me disent que les cas qu’ils suivent à domicile sont effectivement bien suivis.
Ce qu’il ne faut pas suivre à domicile, ça il faut le dire à haute voix, c’est les cas graves ou les cas sévères. S’il y a des cas comme ça, il faut absolument corriger. S’il y a des cas comme ça, c’est parce que le système n’en est pas informé. C’est toute la problématique du déni ou de la stigmatisation qui fait que les gens se cachent et viennent à la dernière minute. Et quand ils arrivent, nous sommes obligés de les prendre en charge dans un contexte de gestion de cas grave, mais le cas grave s’est déclenché bien avant à domicile.

Est-ce que l’autorité pouvait imposer une hospitalisation d’une personne atteinte du coronavirus et qui refuserait de se faire prendre en charge au niveau des structures hospitalières ?
Mais oui ! Je crois que si on a des cas qui sont à domicile et qui posent un réel problème, le Samu national est là et on prend toutes les dispositions. Il y a des cas que nous pouvons effectivement noter dans les mémoires de la riposte où les gens ont refusé de venir dans les Cte. Le district, la région médicale et le Samu national se sont interposés pour faire en sorte que ce cas soit transféré. Mais à chaque fois qu’un cas est grave, on peut le faire. Mais ce n’est pas que ces cas que nous voyons souvent.
Les cas que nous voyons souvent ce sont des cas graves que la famille cache jusqu’à la dernière minute pour nous dire qu’on a un problème : le cas est très grave etc. A partir de ce moment, le Samu se déclenche et on se rend compte très souvent que l’absence d’identification ou de détection précoce nous cause un problème. On envoie à la Réa, et souvent c’est un décès. C’est souvent des cas comme ça que nous avons.

Le Professeur Raoult dit que le Sénégal, à l’heure ac­tuel­le, n’a pas besoin de s’affoler. Est-ce votre sentiment ?
Oui, c’est mon sentiment. Je ne m’affole jamais (rires). Je crois à la philosophie de l’endurance. Le bon Dieu le dit dans Alam nasra. Quand on est au creux de la vague, on se remet toujours. Kipling le disait à son fils : «Tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie, et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, ou perdre en un seul coup le gain de cent parties sans esquisser le moindre geste et sans soupir.» Nous sommes bien sûr formatés dans cette philosophie de l’endurance.

Il fut un temps vous disiez le «32 mars»…
(Rires) Même quand je disais le 32 mars, je savais que le lendemain ce serait le 1er avril. Donc, non ! Nous sommes sereins. Nous n’avons pas effectivement attendu que Raoult nous dise qu’il n’y a pas de raison de paniquer pour qu’on le sache. Nous avons un système, nous le gérons depuis le début de manière assez structurée. Et tous les éléments effectivement nouveaux méritent un traitement nouveau.
Nous sommes sereins, mais nous ne sommes pas là à dormir sous nos lauriers. Nous savons que la situation est à surveiller comme du lait sur le feu.

Quel est le seuil de saturation de votre capacité d’accueil hospitalière ?
Le seuil de saturation de notre capacité d’accueil hospitalière en termes de lits aujourd’hui, nous pouvons dire que jusqu’à un nombre avoisinant 800 lits tout de suite, nous pouvons prendre. Mais cela veut dire qu’il faut adapter l’offre au niveau des différentes structures de santé. On peut dire que si une situation nouvelle se présente, on va être obligé de transférer le service de gériatrie par exemple ou de dialyse pour le prendre en charge dans d’autres conditions ailleurs et prendre en charge l’excès de malades Covid-19 qui vient de nous parvenir. C’est ça que j’ai appelé tout à l’heure la formidable flexibilité de notre système. Un système ne doit pas être rigide. Et même dans l’industrie, il n’y a plus de rigidité maintenant.
Dans la première vague, on a eu des centres de dialyse à l’intérieur du pays qu’on a été obligé de transférer la prise en charge à d’autre pour pouvoir effectivement les traiter. On a pris le pôle Mère/enfant de Diamniadio qui devait ouvrir pour prendre en charge les soins pédiatriques. Tout de suite on l’a redéployé en Cte.

Est-il avéré que les Cte ont été fermés quand la pandémie avait connu un certain recul ?
Oui, on a été obligé bien sûr de mettre en veilleuse les centres de traitement. Quand on voit un centre de traitement qui n’a plus de cas, on était obligé de le mettre en veilleuse en disant qu’on reste sur l’hôpital Fann, l’hôpital Dalal Jamm et on met en place un dispositif d’alerte et de veille pour que, dès que les choses reprennent, on essaie de mettre tout le circuit en branle. Aujourd’hui, tout ce qui a été mis en veilleuse est en train d’être relancé pour prendre en charge les malades.

Est-ce que la base de traitement reste l’hydroxychloroquine ?
A ce que je sache, il n’y a pas d’autres remèdes au plan médical. Nous attendons le vaccin avec impatience, mais jusque-là l’hydroxychloroquine et l’azithromycine sont utilisés pour traiter nos malades. On attend maintenant avec beaucoup d’espérance un remède plus sérieux.

C’est pour quand le vaccin au Sénégal ?
Déjà pour le vaccin, j’aimerais qu’on comprenne aujour­d’hui ce que nous sommes en train de faire par rapport à ça. Le Sénégal est membre d’une initiative appelée Covax, qui est une alliance de 170 pays, pour se dire qu’on se met ensemble pour que le vaccin ne soit pas un qui va ailleurs.
C’est une alliance, il y a dedans d’ailleurs l’Oms, l’Unicef, le Fonds mondial… Et dans ces 170 pays, il y a 56 pays à revenus intermédiaires dont le Sénégal. Donc nous sommes en train de mettre tout en œuvre pour que, dès que le vaccin est disponible, on puisse en disposer pour nos pays. Cette alliance a donc une stratégie que nous partageons.
Il n’y a pas une stratégie du Sénégal, pris individuellement, par rapport au vaccin, il est bon de clarifier cela. Quel vaccin ? On a parlé de Pfizer, de Moderna. Le candidat vaccin homologué, retenu pour être utilisé par les pays de l’initiative Covax, nous ne le savons pas effectivement parce qu’il nous faut une homologation de l’Oms dans le cadre de cette approche d’alliance pour dire : Allons-y sur tel vaccin homologué.
Les vaccins Pfizer et Moderna ont des conditions de conservation qui ne sont pas très compatibles à notre écosystème de vaccination. Cela aussi, c’est un autre élément d’information important.

Autrement dit en 2021 ?
Nous espérons que d’ici le deuxième trimestre de 2021 au plus tard, ou fin premier trimestre, l’Oms va homologuer un candidat vaccin et dire, dans le cadre de l’initiative Covax, ce candidat vaccin est bon pour pouvoir être utilisé dans nos pays.
En attendant que tout cela se passe, en interne dans notre boîte noire, dans notre back-office, nous sommes en train de nous préparer techniquement pour voir qu’est-ce qu’il faut faire au cas où. Nous n’attendons pas que le vaccin soit disponible dans le cadre de l’initiative, validé et tout pour dire que c’est comme cela qu’on va y aller. C’est toute une réflexion sur la série, sur comment, sur le où, sur le quand, etc.

Est-ce que vous envisagez le schéma de permettre par exemple à des structures privées d’importer le vaccin quel qu’il soit et de l’administrer avant que le Sénégal ne dispose d’un vaccin à grande échelle ?
Dans ce cadre, l’Etat va véritablement jouer la carte de la responsabilité, parce qu’un Etat c’est aussi de la responsabilité face aux populations et toutes les mesures pour sécuriser ce processus de vaccination seront prises. Nous ne laisserons pas du tout des initiatives individuelles, isolées, face à ce vaccin parce qu’il s’agira de la responsabilité de l’Etat. Dans des circonstances pareilles, l’Etat engage toute sa responsabilité. C’est pourquoi tout ce qu’il faut en la matière pour encadrer le processus sera effectivement fait. C’est pourquoi il ne faut pas aller vite en besogne. Laissons les choses entrer en maturation et à ce moment-là, nous allons décider ! Mais nous ne laisserons pas la situation nous échapper.
On ne peut pas dire que vous prenez votre temps, mais le virus n’attend pas…
Oui, le virus n’attend pas, mais nous ne sommes pas seuls dans le processus. Il y a des étapes dont le processus scientifique, celui de validation et d’homologation, nous sommes obligés d’attendre cette étape pour pouvoir avancer. D’ici-là, nous nous battons au niveau des mesures barrières pour le stopper. Nous exigeons notre stratégie de riposte.
Mais par rapport à la vaccination, il y a des règles, des diligences à exécuter bien avant, parce qu’il s’agit d’une chose extrêmement sérieuse qu’il faut appréhender avec beaucoup de prudence et de responsabilité.

Est-ce que ce vaccin sera gratuit ?
L’ensemble des vaccins que nous avons dans les Pev sont gratuits et l’Etat a une responsabilité dans le cadre de sa politique de prévention. Et c’est la direction de la Prévention qui gère tout cela. Ce que vous venez de me dire, le moment venu, relève de l’évidence. Cela me paraît tout à fait évident que l’Etat, dans le cadre de la riposte, mettra en place dans le cadre de l’initiative Covax un dispositif qui lui permette de prendre en charge sa stratégie de vaccination.

Pour l’usage du vaccin, on assiste à beaucoup de supputations depuis quelque temps. Pouvez-vous rassurer les Sénégalais ?
Nous n’allons pas du tout exposer les Sénégalais, aussi bien du point de vue du processus de validation du vaccin et de son utilisation que du processus de vaccination globale dans le pays et du processus de ses réseaux même de distribution. Tout sera contrôlé et surveillé par l’Etat, mais nous n’en sommes pas encore là.

Où est-ce que vous en êtes avec la carte hospitalière au Sénégal ? Avez-vous atteint un seuil de satisfaction ?
En 2012, on avait 166 ambulances dans le pays. Depuis 2012, on en a acheté plus de 600. Ça permet déjà de voir ce qu’on a fait en matière d’interconnexion entre la base de la pyramide, les postes, le centre de la pyramide, les centres de santé et les hôpitaux.
Maintenant au niveau hôpital, on a trois types d’hôpitaux : les hôpitaux de niveau 1, ceux de niveau 2, et ceux de niveau 3. Et ces hôpitaux sont implantés au niveau des départements. Au niveau de Dakar, on a les hôpitaux de niveau 3 qui, peut-être, ne sont pas dans les départements, mais qui sont quand même à des niveaux plus élevés, les niveaux 2 et 3.
Cette carte sanitaire mérite d’être améliorée et on est en train de faire énormément de travail pour combler le gap. Au moment où je vous parle, nous allons livrer le mois prochain 3 hôpitaux en même temps : les hôpitaux de Kédougou, de Sédhiou et de Kaffrine. En mars, nous allons livrer l’hôpital de niveau 3 de Touba. Et nous allons ici, à Diamniadio, faire un hôpital spécialisé en cancérologie, le Centre national d’oncologie du Sénégal. La première pierre doit être bientôt posée. Tout cela, c’est dans le processus de mettre en place un maillage territorial en matière de structures hospitalières.
En matière de prise en charge au niveau des hôpitaux, il y a un travail à faire pour véritablement combler le gap. Mais ce qui a été fait de 2012, qui, je suis désolé, est une année de référence importante pour nous, à maintenant, c’est significatif. On a trouvé l’Hôpital de la paix de Ziguinchor en chantier, nous l’avons terminé. Nous avons trouvé l’hôpital de Fatick en chantier, nous l’avons terminé. Nous avons trouvé l’hôpital Dalal Jamm en chantier, nous l’avons terminé. Nous avons engagé en même temps pour la première fois dans l’histoire du pays 4 hôpitaux en même temps que nous sommes en train de terminer en respectant les délais. Ça aussi c’est important. Alors que nous avons trouvé des hôpitaux qui avaient duré 5 ans sans pouvoir être terminés, nous les avons réalisés en moins de 35 mois.

On parle de plus en plus d’un nouvel hôpital à Ourossogui, à Tivaouane et à Mbour…
Oui, parce que le chef de l’Etat, avec l’environnement pandémie, a compris que dans le système de santé il y a un gap important à combler, et il a commandé un plan d’investissement et de réformes pour un système de santé résiliant et pérenne. Un plan d’investissement pour mettre des hôpitaux à niveau, j’allais dire à des niveaux pertinents pour améliorer la carte sanitaire. Et parmi ces hôpitaux, l’hôpital d’Ourossogui dont vous parlez en est un et d’autres projets encore. Ce plan d’investissement, nous attendons de le valider en Conseil présidentiel devant le chef de l’Etat et, une fois cela fait, nous allons donc communiquer sur l’ensemble des projets qui y figurent.

De plus en plus on voit des évacuations sanitaires à l’étranger parce qu’on considère que le plateau médical n’est pas aussi relevé. Il y a eu une politique d’installation de cliniques spécialisées dans certains hôpitaux. Où en êtes-vous avec cette politique ?
La clinique de Principal est assez avancée dans sa conception et le chef de l’Etat a donné le feu vert pour qu’on la réalise. Et très bientôt, je crois que cet hôpital va disposer d’un plateau qui, véritablement, peut nous permettre d’éviter beaucoup d’évacuations et c’est important. J’espère aussi que l’Hôpital international de Dakar, qui avait démarré avec le privé et en chantier depuis longtemps, va bientôt voir le jour dans notre pays pour compléter le dispositif. Il y a beaucoup d’autres initiatives de partenariat public-privé…

À suivre

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