#Mbour – Politique contre les changements climatiques : La Contre-Cop29 se prépare à Saly

Alors que la Cop29 est prévue en novembre à Bakou, des organisations africaines préparent leur manifestation à Saly pour apporter la contribution des communautés aux politiques de changements climatiques. Par Alioune Badara CISS –
En prélude à la Cop29 qui se tiendra en Azerbaïdjan en novembre 2024, une trentaine d’organisations venues de différents pays africains se sont regroupées autour d’Africa climate justice group à Saly pour montrer leur opposition face à ces solutions qu’on leur propose et qui ne sont pas en leur faveur. La chargée de projet à Lumière synergies pour le développement (Lsd), basée à Dakar, a rappelé que le Sénégal est le premier pays africain à accueillir la Contre-Cop en 2021. «L’objectif de cette réunion est que ces organisations africaines ont constaté que depuis 30 ans, il y a la Conférence des parties sur les changements climatiques qui propose des solutions face aux changements climatiques et depuis lors, en tant que Peuple africain, on n’a pas senti l’évolution des solutions», dit-elle. Pourquoi ? «Nous considérons que leurs solutions sont fausses, parce qu’on n’implique pas les communautés qui vivent l’impact des changements climatiques. Venez au Sénégal, allez à Bargny, cette année-ci, la mer a «dévoré» une très grande partie des maisons qui se trouvent dans le littoral. Allez au niveau du Delta du Saloum, la mer avance et beaucoup de terres sont salées, donc impossible de faire l’agriculture. C’est pourquoi nous nous sommes réunis ici à Saly pour contrer cette Cop29», explique Fatou Dia.
Ces organisations africaines invitent la Conférence des parties à donner la parole aux communautés qui vivent l’impact des changements climatiques en Afrique. «C’est de parler au monde entier, de donner la voix à ces communautés, mais aussi associer ces dernières aux prises de décisions, d’autant plus que c’est nous qui vivons ces impacts. On ne peut pas prendre des décisions sans nous. Quand les pays du Nord prennent des décisions et proposent des solutions, ça peut être faux, alors que c’est nous qui subissons l’impact des changements climatiques», soutient la chargée de projet à Lsd.
Ainsi, elles montrent leur opposition à ces solutions qu’on leur propose. «Le travail de Lsd, en tant qu’organisation de la Société civile, est de suivre les projets financés par la Banque africaine de développement. Mais d’un autre côté, suivre les projets qui ont un impact négatif sur l’environnement mais aussi sur le climat. Et dans ce aspect, le travail qu’on fait, c’est inciter la Banque africaine de développement, si elle veut respecter ses engagements sur le climat, à revoir sa politique énergétique qui est obsolète, tout en s’alignant avec les banques multilatérales de développement, en révisant la politique énergétique, mais également en abandonnant le financement sur les énergies fossiles. A côté, Lsd collabore avec des organisations africaines qui ont une même vision, un même objectif sur la lutte contre les changements climatiques», note Mme Dia.
Durant quatre jours, les organisations de la Société civile vont affiner leur position sur la politique climatique actuelle et rédiger une déclaration à l’attention des autorités qui vont participer aux négociations pour montrer leur position. «On est contre la Cop organisée par les pays du Nord», déclare Fatou Dia.
Alors que Nandou Daliba, jeune volontaire pour l’environnement en Côte d’Ivoire et responsable de la justice climatique et sociale, qui travaille sur les changements climatiques, insiste sur le développement durable et la mobilisation communautaire. «Nous sommes aujourd’hui à la quatrième édition de la Contre-Cop que nous appelons la Cop des peuples, pour la deuxième fois au Sénégal. Et pour nous, c’est toujours une immense satisfaction de donner la parole aux communautés, parce qu’elles sont les premières victimes et font face aux réalités des changements climatiques», note-t-elle. Cet instant permet de montrer que les populations doivent être au cœur des politiques climatiques. «Cette rencontre est pour nous une occasion de discuter et de proposer des solutions. Il y a plusieurs thématiques, il y a la souveraineté alimentaire, vous savez que les changements climatiques, avec ses conséquences, font perdre des choses à l’humanité et surtout aux personnes vulnérables. Donc, nous parlerons de ce que ces personnes perdent de façon définitive, et de ce qu’on perd et qu’on devrait retrouver. Quel est l’impact des changements climatiques sur nos conditions de vie ? L’essentiel est de savoir ce qu’on propose pour faire face à ce phénomène», ajoute le jeune Ivoirien.
Aujourd’hui, ces organisations constatent que l’Afrique perd beaucoup de terres arables envahies par la mer à cause de son avancée. «Nos parents ne maîtrisent plus les saisons et pourtant il faut s’adapter. On perd toutes ses connaissances et les variétés des cultures ne sont plus conformes à la saison à cause des changements climatiques. On perd aussi des cultures et vous voyez qu’il y a des villages entiers qui disparaissent. Durant les Cop, il n’y a pas de possibilité de donner la parole aux communautés. Ceux qui ont droit à la parole sont les Etats membres et non les communautés et les organisations de la Société civile», regrette Nandou Daliba.
Selon lui, il est important de donner la parole aux peuples. «C’est pourquoi nous disons que c’est une Cop des peuples ou Contre-Cop, parce qu’elle vient donner la parole aux personnes qui sont impactées par les changements climatiques. Elle est différente de la Cop des élites ou des Etats», clarifie l’activiste ivoirien.
abciss@lequotidien.sn