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Nous sommes à l’ère des poignées de mains. L’année dernière, c’était celle de Macky-Wade à l’inauguration de la Grande mosquée Massalikoul Jinan, puis au Palais. Idy-Macky à la Maison du Parti socialiste pour rendre hommage à Ousmane Tanor Dieng. Et lundi, chez Ous­mane Sonko, Bar­thélemy Dias et Me Moussa Diop nous ont offert non pas des coups de coude très pacifiques imposés par le Covid-19, mais bien une franche poignée de mains. Donc sans barrière aucune. Et là, ce sont deux «ennemis» qui en étaient arrivés jusqu’aux arguments au bas de la ceinture qui se voient, échangent des sourires et des numéros de téléphone. Le lendemain, ils disent au juge : «Nous nous sommes réconciliés, alors oubliez la plainte !» Or les accusations du maire de Mermoz-Sacré Cœur sur l’affaire du terrain de Dakar dem dikk, vendu à l’Apr pour son siège, sont très graves. Hallu­cinantes ! Rien que pour cela, l’on aurait bien voulu en savoir davantage. Mais au nom de la politique-spectacle, cette paix – des braves peut-être – nous enseigne une chose au moins : Pour Barth’, tout cela était dans le registre de la politique politicienne. Pour Me Moussa Diop, il fallait juste répondre à quelqu’un qui voulait mettre du sable dans le couscous de l’Apr qu’il ne mange plus depuis un mois. C’est du cinéma ! La mise en scène politique, nous l’avons très souvent vue chez nos politiciens professionnels. Mais cette séquence a été projetée chez Ousmane Sonko qui en a été témoin. En publiant lui-même les photos et son texte sur sa page Facebook, le leader de Pastef n’en attend pas moins un gain politique. Mais ce message lancé dans un contexte de démantèlement de l’opposition est aussi une réponse à Macky Sall. Depuis le départ de Idrissa Seck, Sonko se pose et s’oppose en chef de l’opposition de fait. La bataille de la com’ fait rage. Elle se joue non pas pour maintenant, mais pour demain : 2024. En «l’absence» de Khalifa Sall qui traîne les pieds, c’est le duel Macky-Sonko qui anime la chronique politique. Mais dans ce sketch Barth’-Moussa Diop, c’est surtout le metteur en scène Sonko qui est en jeu. Et, peut-être, l’enjeu. Dias-fils, qui partage avec lui la même fougue politique, lui voue une admiration telle qu’il ne pouvait trouver meilleur objet de communication. Il fait le buzz comme on dit trivialement. Me Moussa Diop, lui, joue à l’enfant excommunié par le «père» et qui se cherche un nouveau tuteur. Le leader de Pastef, qui est conscient de cet opportunisme politique, en profite aussi. Surtout dans un contexte où il cherche une nouvelle coalition après l’éclatement de Jotna. L’op­posant radical ne peut donc cracher sur une telle opération, même si le résultat qu’il en attend ne peut être évident. Il faut désormais faire comme les autres, utiliser les moyens du bord, quitte à froisser ses inconditionnels. Personne ne peut le lui reprocher, parce que c’est cela la politique. Si on ne peut s’accommoder de ces stratagèmes, on n’est plus loin de la religion. Or la politique n’en est pas une. L’antisystème se met donc aux codes du système. C’est de bonne guerre ! Mais demain, quand l’ancien directeur général de Dakar dem dikk roulera encore dans le sens inverse, il ne faudrait pas s’en émouvoir. Quand Barth’ se remettra à son «Dias», que personne ne crie au scandale. Ainsi va le système : qui s’y frotte s’y pique. Il est plus fort que les hommes. Même si Sonko fait du «système, moi non plus !» Qui disait que ce système arrange tout le monde !

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