Monument de la renaissance africaine et Musée Ousmane Sow : Contribuer à l’entretien du patrimoine

Le choix d’appliquer des tarifs différenciés entre Sénégalais et étrangers est aussi une réalité dans les monuments de Dakar. Hormis Gorée, le Monument de la renaissance (Mdr) et le Musée Ousmane Sow, qui vient d’ouvrir ses portes, ont également fait ce choix. Au Mdr, on l’explique par une volonté d’inciter les nationaux à se rendre dans les monuments culturels.
Au Monument de la renaissance africaine, les tarifs s’établissent ainsi : 500 f Cfa pour enfant et 1 000 f pour adulte pour ce qui est des visites simples ; 500 f Cfa pour enfant et 3 000 f adulte pour les visites complètes. Pour les écoles, le prix est ramené à 300 f. Et selon les profils, ça peut descendre jusqu’à 200f, voire même complètement gratuit comme pour les daaras par exemple. Mais ces tarifs ne sont valables que pour les résidents (c’est-à-dire les nationaux et africains). Les étrangers en provenance d’Europe ou d’autres pays non africain sont, quant à eux, obligés de débourser 10 euros, l’équivalent de 6 500 F Cfa pour une visite complète et 5 euros, à savoir 3000 F Cfa, pour une visite simple. Là encore, certains touristes trouvés sur les lieux se désolent d’un tel schéma. «La différence est quand même importante. En France ou en Europe, il n’y a pas forcément des tarifs différents par rapport au lieu de résidence. Je pense qu’il ne devrait pas y avoir de différence de prix. Que cela soit ici ou ailleurs, à Gorée ou pour aller en Casamance. Je suis parti me renseigner il y a quelques jours sur le prix du ferry pour me rendre en Casamance. J’ai vu que les résidents ne payent que 5 000 f Cfa et les touristes 15 mille f Cfa. Ce n’est pas normal», fustige-t-elle, requérant des tarifs plus «égalitaires». Interrogé sur le système de tarification du Monument de la renaissance africaine (Mdr), le chargé de communication, Georges Diatta, apporte des éclairages. «La raison fondamentale au niveau du Monument de la renaissance, c’est qu’on a appliqué le tarif standard international qui tourne plus ou moins autour de 10 euros, 14 euros, et même plus selon le pays. Mais sachant qu’au niveau national et africain le pouvoir d’achat est un peu plus faible par rapport à l’offre culturelle, nous avons fait cette catégorisation. L’Etat du Sénégal a voulu souverainement encourager, par cette différence de prix, tous les résidents nationaux à visiter cet espace», note-t-il.
Aux yeux de M. Diatta, c’est d’ailleurs de bonne guerre. «Quand on me pose cette question, je donne souvent un exemple très simple. Je suis Africain et pourtant je suis d’accord quand je vais à l’ambassade d’un pays européen de payer des frais de dossier. Ce qui n’est pas le cas pour un citoyen européen. Il y a un certain nombre d’avantages accordés à ces citoyens. C’est organisé comme ça. C’est relatif. On ne va pas jeter l’anathème sur quelqu’un pour cela. Quand on va à l’ambassade de Belgique pour légaliser un papier, on paye 13 mille 200f Cfa. On comprend que c’est l’organisation interne qui l’impose et on l’accepte. C’est tout», souligne-t-il.
«A 5 000f Cfa, les Sénégalais ne
pourront pas venir»
Un point de vue que partage Ndèye Marina Sow, directrice du Musée Ousmane Sow qui, pour les non-résidents (étrangers), exige le double du prix payé par les résidents (soit 5 000f Cfa pour les non-résidents et 2 500f Cfa pour les résidents). «On a décidé cette politique de prix tout simplement parce qu’on estime qu’on ne peut pas visiter un musée en France à moins de 10 ou 15 euros. Je ne vois pas pourquoi, parce que vous êtes au Sénégal, vous devez payer moins cher. C’est une maison qui a besoin de beaucoup d’entretien, qui nous a demandé un effort financier considérable. D’un autre côté, si on met les prix des standards européens ramenés aux prix sénégalais, cela voulait dire que les Sénégalais n’y auront pas accès», note-t-elle. Elle poursuivre : «5 000 Cfa c’est 7,5 euros. Vous n’avez aucun musée en France ou ailleurs à ce tarif-là. A posteriori, si vous mettez un tarif à 5 000f Cfa, les Sénégalais ne pourront pas venir. C’était un choix qui était plus dirigé à permettre de faire tourner la maison. Nous ne sommes pas subventionnés, nous ne recevons aucune aide. Nous tournons en fonds propres. Et donc il fallait un juste prix et on a estimé que 7,5 euros pour des gens qui ont l’habitude des musées, ce n’est rien.»
Ses propos trouvent un écho dans ceux tenus par Rose Châteaux et Laurence Derien, 2 touristes en provenance de la banlieue parisienne, trouvées au pied du Monument de la renaissance en train de se rafraîchir. Les deux dames se prononcent sur les prix pratiqués dans les endroits visités le plus souvent par les touristes qui arrivent au Sénégal. Elles ne voient aucun mal à ce que certains pratiquent un tarif différent entre résidents et touristes. Bien au contraire, c’est pour elles ce qui est normal. Ce qui se fait partout dans le monde. «Partout dans le monde, les étrangers payent toujours plus cher que les gens qui vivent sur place. On contribue comme ça à l’amélioration du patrimoine. C’est normal de participer un peu par notre visite. De toute façon, on a l’habitude partout où on passe. Même si vous, vous voyagez, vous verrez que vous payerez un peu plus cher que les gens qui résident dans le pays.»