Sublime moment de grâce, mais aussi de retrouvailles et de réjouissances populaires, la célébration le 12 Rabi Al-Awal 1441, correspondant cette année à la nuit du 9 au 10 novembre 2019, de la naissance du Prophète Mouhamed (Psl), la cité religieuse de Maodo se prépare à accueillir dans la plus grande ferveur religieuse le monde musulman. En prélude à ce grand évènement, les séances de «bourde» populaire ont démarré le 29 octobre dernier pour se poursuivre, 10 nuits durant, jusqu’au 8 novembre. Zoom sur le sens de ces chants populaires.

Le croissant lunaire, aperçu le 29 octobre, marque l’ouverture pour 10 jours durant de la «bourde», organisée en prélude au Gamou retenu cette année pour la nuit du 9 au 10 novembre 2019. Ainsi, la capitale du Tidianisme, Tivaouane, commence à recevoir ses premiers fidèles venus des quatre coins du Sénégal et d’ailleurs pour célébrer dans la ferveur religieuse la naissance du Prophète Mouhamed (Psl), ou Mawloud Al Naby. Partout déjà au niveau des différentes «zawiya», ces temples d’Allah qui font la fierté de la ville sainte, c’est l’effervescence des grands moments de recueillement, particulièrement dans les mosquées de Serigne Babacar Sy et de El Hadji Maodo Malick Sy où lesdites soirées religieuses sont présidées respectivement par le porte-parole de la famille Sy, Serigne Pape Malick Sy, et le Khalife général des Tidianes, Serigne Mbaye Sy Mansour. Un temps fort qui permet aux fidèles de la communauté tidiane d’exalter l’œuvre d’une dizaine de chapitres de l’imam Abou Abdallah Mohammed ibn Saïd al-Boussiri. Des séances de prières et d’hommages au Prophète Mouhamed (Psl), initiées au début du 19e siècle par Seydi El Hadji Malick Sy. Une tradition perpétrée par ses descendants au fil des années. Le rituel a été ainsi décentralisé. «Le caractère populaire est devenu une tradition. Aujourd’hui, c’est dans les quartiers que cela se fait. On voudrait que tout le monde sente la période du Maouloud, les 10 jours de préparation, pour amener les fidèles musulmans à se recueillir, à sentir et à prendre le modèle prophétique», explique Serigne Moustapha Sy Al Amine. Et durant les 10 jours, de nombreux fidèles préfèrent venir à Tivaouane pour communier avec la famille du Cheikh. «C’est pour écouter les recommandations qu’il faut pour la journée de l’anniversaire de la naissance du Prophète. Ce qui fait que Tivaouane est remplie parce que tout le monde voudrait venir se recueillir et profiter des moments d’intense ferveur dans cette ville spirituelle de Seydi El Hadji Malick Sy», dit le président du dahira Mouqtafina. Pour Abdou Aziz Diop, «Maodo fut un des grands artisans de la décentralisation dans ce pays, pour avoir installé partout, à travers le continent africain, des mouhadams (grands érudits)». Selon lui, concernant l’importance des «bourdes» décentralisées, sachant que «tout le monde ne peut pas converger vers Tivaouane les dix premiers jours», Abdoul Aziz Diop pense «que c’est donc là une façon d’occuper sainement les fidèles pour chanter les louanges du Prophète (Psl), le saint des saints, le sceau des prophètes, le modèle recommandé».
En effet, la «xassida» Al bourda est reconnue de tous. Un œuvre de l’imam Al Boussiri, un grand homme qui a vécu au 7ème siècle de l’hégire (1211–1294), un poète égyptien qui écrivit sous le patronage du vizir Ibn Hinna, selon Abdou Aziz Diop, petit-fils de El Hadji Maodo Malick Sy. Avec des poèmes qui sont principalement d’inspiration religieuse, dont le plus connu, le «poème du manteau» (Qasidat al-burda), est entièrement dédié à la louange du Prophète Mouhamed (Psl). Ce poème qui retrace les étapes les plus importantes et les plus intéressantes de la vie du Prophète (Psl), considéré du vivant même de son auteur comme «sacré», occupe encore une place particulière au sein de l’islam. Pour la petite histoire, le Cheikh Abou Abdallah Mohammed ibn Saïd al-Bousiri, très jeune, fréquenta les cours de divers traditionalistes et Soufis. Hémiplégique, il formula des invocations pour sa guérison lors de la formulation du poème. Lorsqu’il l’eut achevé, il vit une nuit en rêve le Prophète Mouhamed (Psl) passer sa main bénite sur le côté paralysé de son corps et jeter un manteau sur lui. A son réveil, il se retrouva complètement guéri. Le poème reçût alors le nom de la «Burda» (le manteau). Et c’est à travers ce livre qui comprend 10 chapitres et totalise 160 vers que l’œuvre exaltante de l’imam Bousiri enrôle dans le frisson spirituel, dès l’apparition du croissant lunaire, des milliers de fidèles de El Hadji Maodo Malick Sy pour une durée de 10 jours, à raison d’un chapitre à lire par jour, pendant la nuit, dans les mosquées. La «bourda», selon Abdou Aziz Diop, est une invocation du Prophète Mouhamed (Psl), mais aussi des chants dédiés au sceau des prophètes, permettant aux fidèles tidianes de revisiter l’œuvre et la vie du Messager d’Allah. Le petit fils de Mame Maodo ne manque pas de rappeler que son grand père, le saint homme de Tivaouane, a écrit un livre intitulé Khilassou jahab. Une œuvre plus complète et plus sublime qui retrace la vie et l’œuvre du Prophète Seydina Mouhamed dès sa naissance jusqu’à sa mort. Et d’aucuns de laisser même croire à un «compagnonnage spirituel avec le meilleur des êtres, lequel lui transmettait les révélations surnaturelles, extraordinaires sur lui, portées à la connaissance de l’humanité, entre autres créatures. Mais par modestie et par respect au savoir, il a préféré qu’on déclame l’œuvre de Boussiri durant les 10 premiers jours. Ce faisant, il nous a demandé de réciter son œuvre durant la nuit du Maouloud, nuit qui commémore la naissance du Prophète qui est le modèle universel», a-t-il soutenu. Selon M. Diop, c’est la vénération de Mohammed Boussiri qui constitue le socle de la détermination du saint homme de Tivaouane à se recueillir à travers la «bourda» dès l’apparition du croissant lunaire, les 10 premiers jours durant qui précédent le Maouloud, avec chaque nuit la lecture d’un chapitre du livre en question. A l’en croire, «l’innovation depuis quelques années à Tivaouane reste le choix des érudits de la famille de Mame Maodo Sy pour décrypter le message véhiculé dans ledit livre». Lequel message est arrimé au modèle prophétique autour de la vie et de l’œuvre de l’envoyé spécial Seydina Mouhamed (Psl). En d’autres termes, Mame El Hadji Malick Sy n’est-il rien d’autre que la continuité du modèle prophétique, à l’instar de tous les saints de ce pays ? «Il fut l’un des continuateurs non seulement du modèle prophétique, mais de la mission prophétique. Il a choisi durant toute sa vie de ne célébrer qu’un seul évènement : la naissance du Prophète Mouhamed (Psl). Donc le Maouloud, pour El Hadj Malick Sy et pour la Ummah islamique, est un moment fort pour exalter et chanter les louanges du Prophète, mais aussi une façon de revisiter le modèle universel et de s’en inspirer.» Abdoul Hamid Sy, responsable de la communication du Gamou de Tivaouane, évoque la quintessence de l’organisation des «bourdes» populaires qui constituent, selon lui, l’innovation de «Khadra tidiane» pour restituer l’œuvre de l’imam Al-Boussiri «aux couches les plus fidèles» à travers le Sénégal et dans la diaspora tidiane sénégalaise. Cheikh Tidiane Traoré, lui, pense que la décentralisation de la «bourda» dans les mosquées est une très bonne chose, surtout pour les jeunes. Parce que, estime le jeune Tidiane, «beaucoup d’entre eux ont déjà pris le wird tidiane». Et à son avis, cela leur permet de «revisiter la vie et l’œuvre de Seydi El Hadji Malick Sy durant les 10 jours de la bourde». D’ailleurs, signale-t-il, «ce sont eux qu’on retrouve très souvent à la tête des dahiras et organisent aussi ces bourdes populaires». Il renseigne : «Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine, de son vivant, avait appelé les jeunes à prendre le flambeau afin de mieux faire passer le message du Cheikh.» Aussi, selon Cheikh Tidiane Traoré, «les 10 nuits consacrées à la bourde renforcent la foi du Tidiane. Cela permet aussi de mieux connaître le Prophète (Psl) à travers les écrits de Maodo comme Khilassou jahab où Maodo retrace l’avant naissance jusqu’à la mort du Prophète (Psl). Il est aussi important d’informer le discipline tidiane de pourquoi la célébration de la naissance du meilleurs des êtres».