Expulsés des cités Imbécile et Baraque, plusieurs dizaines de personnes sont toujours entassées à l’Arène nationale sans savoir de quoi demain sera fait. Pour eux, c’est une situation douloureuse, notamment pour les sans-papiers qui risquent l’expulsion. Par Abdou Latif MANSARAY –

Depuis quelques jours, l’Arène nationale est devenue le plus grand centre d’hébergement de la capitale. Il y a été regroupé des sans-abris ramassés dans certains coins et recoins de la région de Dakar, particulièrement vers le centre-ville, et aussi des déguerpis de la Cité Imbécile, un vieux et miteux quartier désormais rayé de la carte. Après elle, la Cité Baraque, logée à la Zone de captage, a été complètement rasée. Leurs résidents ont été envoyés par le Préfet de Dakar à l’Arène nationale, gardée de jour comme de nuit par les Forces de l’ordre. Sur place, les entrées sont filtrées. Si certains expulsés ont eu la chance d’être libérés après une vérification d’identité, d’autres sont sous la menace d’expulsion du pays pour défaut de papiers.

A travers les grilles de l’Arène nationale, l’on aperçoit une masse de personnes en petits groupes. Certains couchés à même le sol, d’autres assis à l’ombre, téléphone à l’oreille. Ils sont de plusieurs nationalités entassés dans la grande cour de cette enceinte sportive.

Mamadou Doumbia fait partie des victimes. Père de famille, il habitait à la Cité Imbécile. Il a eu la grande surprise de recevoir la visite des services de désencombrement, appuyés par les Forces de sécurité, au petit matin du dimanche. «C’est vers 4h du matin qu’ils nous ont réveillés pour nous dire de rejoindre les bus qui étaient stationnés. Sans nous permettre de prendre nos bagages, ils nous ont embarqués à travers ces bus, destination l’Arène nationale. Nous avons laissé nos bagages sur place, tout a été détruit. Nous n’avons pas reçu de sommation pour quitter. Tout a été rapide. Nous sommes là et on attend toujours qu’on soit fixés sur notre sort.» Comme lui, la plupart ne disposent pas de pièces d’état civil constituant un passeport pour sortir de l’Arène.

Mme Fanta Diallo, la quarantaine bien sonnée, vivait à la Zone de captage. Elle en fait un récit poignant : «Nous habitions juste à l’entrée de la cité. Chaque matin, on se retrouvait à notre lieu habituel pour les aumônes. Mais nous n’avons jamais passé la nuit dehors. On nous avait prêté une maison en construction. Mais, c’est vers 2 h du matin (la nuit du samedi à dimanche) qu’on nous a réveillés pour nous embarquer dans des bus. Plus d’une cinquantaine de personnes sont ici, il y a des handicapés et autres personnes qui ont des problèmes pour se déplacer. Présentement, elles sont là. Pour sortir acheter du crédit, on fait face à un refus ferme de la part des Forces de l’ordre. Le manger est un problème, on nous a servi de petites bouteilles de jus, de boisson et des bonbons.»

Les plaintes et complaintes sont les mêmes. Et l’incertitude gagne les rangs. «Je ne dispose pas de papiers. Mais j’ai des enfants qui sont à l’école et qui ont des papiers. Pour ce qui est de mon cas, j’étais en train de voir comment en trouver», renseigne une «expulsée» de la Cité Imbécile. «Beaucoup parmi eux seront expulsés vers leur pays d’origine, parce qu’ils n’ont pas de papiers. Ce sont des clandestins, l’Etat a pris toutes les dispositions pour les faire expulser. Ceux qui ont des papiers vont continuer leur séjour ici au Sénégal, car ils sont en règle», nous renseigne une autre source.

Il faut savoir que cette opération a été mise en place par le Préfet de Dakar. Selon un interlocuteur au ministère de l’Urbanisme, de l’hygiène publique et du cadre de vie, il a sollicité la Direction de la lutte contre les désencombrements pour apporter les moyens techniques. «C’est le Préfet qui a décidé de les embarquer vers l’Arène nationale. Selon lui, ils ont reçu les sommations depuis plus de deux ans», dit-il.

Tout comme les jours d’avant, l’accès y est toujours très restreint. La police veille sur le pont qui enjambe l’autoroute où errent les déguerpis vers Colobane. En face, debout, assis ou même couchés sur des matelas échappés miraculeusement du désastre, les anciens habitants de la cité attendent toujours de savoir quel sort est réservé à leurs affaires.
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