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«Unissons-nous tous pour l’abandon de l’excision» : Tel est le plaidoyer que la chanteuse Fatou Badji, alias Guereti, fait dans son dernier clip intitulé «Kebalou katal niakaye», mot diola qui signifie «abandonnons l’excision». Victime depuis toute jeune de cette pratique, l’artiste originaire du village de Katinong (Casamance) a présenté ce mardi son clip, où elle invite ses parents et les autres ethnies à abandonner cette pratique néfaste.

«Au secours ! Femme non excisée n’est pas impure… Chers parents, maman veut faire exciser mes sœurs. Petites sœurs, sauvez-vous vite ! Elles vont vous faire ce qu’elles m’ont fait !» Voilà en résumé les propos de Guereti dans son dernier clip Kebalou. Entièrement chanté en diola, ce clip est en effet pour l’artiste un moyen de sensibiliser les Casamançais contre l’excision. «Je suis originaire du village de Katinong en Casamance. Quand j’y suis retournée en 1989 à l’âge de 14 ans, toutes les filles étaient excisées. J’étais la seule non excisée. Je ne pouvais par conséquent pas être mêlée à mes sœurs. On m’a amenée vers la Gambie pour m’exciser. Et quelques années plus tard, on l’a fait à mes filles en mon absence», confie la chanteuse pour expliquer ainsi son engagement à lutter contre l’excision ; d’où ce clip Kebalou. En réalité, pour l’artiste, c’est le combat d’une vie qu’elle mène. Un combat dans lequel elle s’est engagée depuis toute petite. «C’est depuis que je suis sortie de ce bois sacré que j’ai composé pas mal de morceaux contre l’excision. Depuis que j’ai su que moi-même, on me l’a fait sans mon consentement. Et ce combat, je souhaiterais le mener et continuer à le mener jusqu’à ce que ce fléau quitte notre terroir africain. Parce que j’ai moi-même vécu ce fléau qui m’a beaucoup perturbée et rongée le cœur», note-t-elle, se félicitant par ailleurs d’obtenir déjà l’adhésion de sa communauté et même des pratiquantes. «Je rends grâce à Dieu parce que la Casamance commence à comprendre. Ce n’est pas seulement les Diolas, il y a les Mandingues, les Halpulaar. En juillet dernier, quand j’étais à Bignona pour ma tournée des stations, je suis tombée sur des enfants qui devaient être excisées. 5 enfants précisément. Leurs familles ont renoncé à le faire grâce au son Kebalou», raconte-t-elle, contente d’avoir accompli une telle prouesse et surtout pu tourner son clip contre l’excision dans son propre village.
D’ailleurs, Guereti ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Bientôt, elle espère faire une tournée en Casamance et visiter toutes les communes rurales pour sensibiliser davantage les femmes contre ce fléau et les risques qu’elles font encourir à leurs filles en perpétuant cette pratique.

Soutien de la Confejes
Bouramah Ali Harouna, secrétaire général de la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports de la Francophonie, qui a mis à la disposition de l’artiste le siège du Confejes pour la présentation de son clip, s’est félicité d’une telle initiative, rappelant combien il était utile de la soutenir. «Nous sommes char­gés de programmes de promotion de jeunesse et de sport. Et quand on dit jeune et sport, ça concerne le loisir et la culture, la promotion de certaines valeurs civiques, citoyennes. Quand on parle de sensibilisation sur les questions de la jeune fille, de la femme, ce sont des questions qui nous concernent directement et nous essayons de véhiculer ces valeurs. En acceptant cette activité, il s’agit de valoriser et de contribuer à la promotion d’une personne membre de la famille. Mais nous espérons également contribuer à la promotion et la valorisation de beaucoup d’objectifs qui concernent les questions de jeunes filles, les violences faites aux femmes et la promotion de la femme» a-t-il fait savoir.
La chanteuse de son côté n’en est pas à son premier engagement. Révélée au grand public à la sortie en 2005 de son premier album Kuwuwak kati Casamance, qui est un hommage aux descendants de la Casamance, elle a toujours œuvré pour la paix en Casamance en tant qu’ambassadrice désignée des femmes de Cabrousse pour porter la voix de Aline Sitoé Diatta et de la culture de la Casamance. Ex membre du groupe Fogny et de l’Orchestre national Daniel Sorano, Guereti encore connue sous le nom de «Diva de la Casamance», évolue aujourd’hui avec son propre groupe Aguène et Diambone. Avec son style mélangeant les airs de folk au reggae ou parfois au zouk, enrobé dans des rythmes traditionnels diolas et mandingues du bougarabou, elle réussit autant à sensibiliser qu’à divertir son public.

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