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Fruit d’une œuvre pluridisciplinaire, le livre «Inondation à Dakar. Gestion des risques et adaptations locales» a été présenté ce mercredi au Warc. Mené par une équipe pluridisciplinaire de 11 chercheurs, l’ouvrage alerte sur les problèmes environnementaux qui découlent de la prise en charge des inondations.

«Les Inondations à Dakar : Gestion des risques et adaptations locales» est une œuvre presque inédite sur la question des inondations. Cet ouvrage de 322 pages, édité par Karthala et l’Institut africain de gestion urbaine (Iagu), synthétise des travaux de recherche qui ont vu la participation de 11 chercheurs de profils différents. Avec 8 chapitres articulés, Oumar Cissé et son équipe ont montré comment les communautés, au-delà de ce que fait l’Etat à travers ses infrastructures, agissent elles-mêmes avant, pendant et après les phénomènes d’inondations, et surtout les techniques qu’elles mettent en place par rapport aux bâtis. Ainsi, les chercheurs ont abordé dans le livre les stratégies d’adaptation, la question de l’urbanisation, de la cartographie participative et de l’analyse spatiale, du contexte institutionnel et le cas des zones humides.
Le résultat est une étude quantitative et qualitative. «En rapport avec les autorités locales et les populations, nous avons mené une enquête qui a porté sur 800 ménages dans 20 quartiers», a expliqué le chercheur Momar Diong lors de la cérémonie de présentation et de dédicace du livre qui s’est déroulée ce mercredi à Warc. «C’est après 2005 que la plupart de ces populations se sont installées sur les lieux tout en sachant que ces zones sont inondables. Malgré les calamités, beaucoup restent septiques à l’idée de quitter la zone parce qu’elles y développent leurs activités économiques. Donc, elles ont mis en place leurs propres stratégies pour faire face à l’inondation. D’autres encore sont dans l’attente, dans l’espoir d’être relogés», a témoigné Mame Demba Thiam, Professeur à l’Ucad. Invité par le Dr Oumar Cissé, qui a piloté l’équipe de recherche, Pr Thiam fait partie des rares chercheurs qui ont évoqué cette question.

Problèmes écologiques
Mais les stratégies développées pour éviter les inondations, si spectaculaires soient-elles, font naître des craintes sur le plan écologique. «Aujourd’hui, il y a un travail qui a été fait dans la banlieue. Des bassins et des canaux ont été aménagés. Dès leur implantation, ces ouvrages ont libéré une bonne partie du territoire de l’eau. Mais, ne nous y trompons pas. On ne peut pas régler définitivement la question du drainage des eaux pluviales si on ne prend pas en compte la question de l’assainissement des eaux usées, si on ne prend pas en compte la gestion des ordures ménagères. Parce que quand elles ruissellent, tous les déchets finissent dans ces ouvrages que nous avons construits», déclare le Dr Oumar Cissé, ingénieur civil, environnementaliste, docteur en management et Directeur exécutif de l’Iagu.
Ainsi, d’après les auteurs du livre «Les inondations à Dakar. Gestion des risques et adaptations locales», les déluges récurrents observés dans la banlieue de Dakar ne résultent pas des pluies exceptionnelles, mais d’un manque d’aménagement pendant que l’on observe une extension périurbaine de l’habitat qui se réalise souvent au détriment des zones agricoles.
Pour M. Cissé, il y a quelque chose qu’il faut ajouter dans «Aménagement», et c’est la valorisation des espaces naturels. Les écosystèmes, croit-il, pourraient nous aider, dans le cadre de territoires précis, à mieux lutter contre les ruissellements qui sont à la base des inondations. De plus, cet environnementaliste veut changer le paradigme. Oumar Cissé considère que les zones humides constituent une aubaine pour la ville. Parce «qu’elles servent d’espaces naturels. Et ces espaces (agriculture urbaine, périmètres maraîchers), nous devons même les intégrer dans les zones urbaines. Ce sont des territoires extrêmement intéressants, si on veut faire de la gestion durable».
Ce livre met l’accent sur les lacunes et les défaillances des politiques publiques d’aménagement et sur l’intérêt particulier des études spatiales dans l’analyse et la compréhension des inondations. C’est déjà un jalon posé pour sortir de ces phénomènes récurrents dans la banlieue dakaroise. Mais l’Etat, s’intéresse-t-il vraiment à ce type de travaux ?

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