Le Fmi ne veut pas passer de nouvel accord de coopération avant d’avoir vu clair dans le processus de falsification des comptes, tel que dénoncé par le Premier ministre Sonko. En conséquence, les obligations internationales contractées par l’Etat continuent de perdre de la valeur, portant préjudice au pays devant ses créanciers et partenaires.

 

Par Mohamed GUEYE – Décidément, les obligations contractées par le gouvernement sur le marché international ne semblent pas avoir bénéficié, à ce jour, de la «volonté de transparence» affichée par le Premier ministre Ousmane Sonko et ses collaborateurs sur la situation du pays. Il suffit de se référer aux déclarations faites avant-hier jeudi par Mme Julie Kozack, la directrice du Département des communications du Fonds monétaire international (Fmi), lors de sa conférence de presse quotidienne au siège du fonds.

A une question concernant l’éventualité d’une reprise de la coopération avec le pays, Mme Kozack a déclaré sans ambages : «Nous continuons à travailler avec les autorités pour résoudre l’affaire complexe de fausses déclarations qui est en cours, et le traitement de cette affaire complexe nécessite un processus rigoureux et long.»

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Auparavant, le représentant du Sénégal avait déclaré en avril dernier, qu’aucun nouvel accord ne pouvait intervenir entre le Sénégal et le Fmi avant que toute la lumière ne soit faite sur la question des fausses déclarations dévoilées par le gouvernement Sonko.

Le Premier ministre a jugé bon de se vanter dernièrement de ce que «depuis un an, aucun décaissement n’a été fait au profit du Sénégal». Il s’est permis d’ajouter que «nous avons les capacités et les moyens de compter d’abord sur nous-mêmes».

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Sans doute, mais à quel prix ? Une dépêche de l’agence d’information Reuters a informé qu’à la suite de la déclaration de Mme Kozack, «l’obligation du Sénégal à échéance 2033 a perdu 1, 35 cent pour être cotée à 67, 72 cents le dollar, tandis que l’obligation à plus long terme 2048 a perdu 1, 12 cent pour être cotée à 59, 97 cents le dollar». Il s’agit ici des eurobonds levés sur le marché obligataire international, bien entendu.
Un peu plus tôt, au cours de ce mois, la même agence d’information indiquait déjà que «les obligations en dollars du Sénégal ont enregistré des pertes de 7, 3% pour les investisseurs cette année, selon un indice obligataire de JP Morgan». Cette situation était en contraste avec le fait que les emprunts des autres pays africains connaissaient «des gains moyens de 3% sur la même période».

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A la suite du point de presse de Julie Kozack, Leo Morawiecki, spécialiste en investissement chez Aberdeen, gestionnaire d’actifs à Londres, a déploré : «Les marchés s’attendaient à une résolution -ou du moins à une voie claire vers une résolution- d’ici le milieu de l’année, mais le Fmi n’a pas donné de calendrier jeudi».

A ce rythme, on doit s’attendre à ce que le Sénégal continue de faire le pied de grue devant la porte du marché financier de l’Uemoa, même pour pouvoir faire face à ses besoins les plus élémentaires. Mais jusqu’à quand ?
mgueye@lequotidien.sn