Après quelques semaines d’accalmie, les manifestations pour réclamer le respect des accords signés entre le gouvernement et le Syndicat des travailleurs de la justice (Sytjust) reprennent de plus belle. Hier, les greffiers ont observé un sit-in pendant deux tours d’horloge sur toute l’étendue du territoire pour exprimer leur désarroi.

La flamme de la contestation est de nouveau rallumée au sein des juridictions sénégalaises. La goutte de trop a été le retrait des 40% d’augmentation sur le régime indemnitaire, qui était déjà mis en solde. «Inacceptable», trouve le Syndicat des travailleurs de la justice (Sytjust), en sit-in hier au Palais de justice de Thiès. «Ce qui s’est passé est inédit parce que là où on était en droit d’attendre que l’Etat respecte ses engagements, c’est une volte-face inqualifiable à laquelle on assiste aujourd’hui», s’étrangle Me Ahmet Touré. Le chargé de la communication du Sytjust explique : «L‘Etat s’était engagé à payer les 40% d’augmentation sur le régime indemnitaire à partir du mois de novembre dernier. Les travailleurs de la justice avaient même constaté l’effectivité de la mesure dans leur bulletin de salaire. Et comme par enchantement on se réveille en assurant les actes de suivi mais on se rend compte que ces montants ont été tout bonnement retirés.» Il trouve qu’un «tel acte est indigne d’un gouvernement qui se respecte». Ce qui explique l’organisation d’un sit-in sur toute l’étendue du territoire pour «manifester notre indignation face à l’attitude du gouvernement avec qui nous avons travaillé dans un processus de mise en œuvre de la réforme statutaire et indemnitaire jusqu’à parvenir à un protocole d’accord, lequel a été signé entre le Sytjust et le gouvernement du Sénégal représenté par le ministre du Budget et le Garde des sceaux». Aussi, les syndicalistes ont-ils organisé la manifestation pour «informer l’opinion nationale et internationale qu’il se passe des choses inacceptables dans cette Répu­blique». Et, se veulent-ils catégoriques, «nous voulons dire d’une manière très ferme que les travailleurs de la justice sont debout comme un seul homme pour défendre l’Institution judiciaire et son administration mais également leurs intérêts matériels et moraux». Car, laissera entendre Me Touré, «ce n’est pas trop demander à un gouvernement de faire face à ses responsabilités et de respecter les termes de l’accord qu’il a signé». S’agissant de la suite de leur mouvement d’humeur, le chargé de la communication du Sytjust informe que «les travailleurs de la justice sont des légalistes, c’est pourquoi aujourd’hui nous ne sommes pas en grève illimitée». Mais, prévient-il, «nous avons un préavis qui est en cours, et une fois que nous atteindrons le terme de ce préavis, nous risquons de paralyser totalement l’administration de la justice». Pour l’heure, une série de manifestations sont prévues dans toutes les juridictions du Sénégal chaque semaine, à travers des sit-in. Egalement, avant leur grève illimitée, une marche nationale est prévue le 12 décembre prochain. Ceci, «pour dire que c’est incroyable de ne pas respecter des accords sans aucune explication», considère Me Ahmet Touré, qui n’a pas manqué de s’offusquer de «l’effort que le gouvernement est en train de fournir pour mettre en mal les travailleurs de la justice avec l’opinion». Mais, souligne-t-il, «c’est un effort qui va être vain parce que nous sommes là pour dire à l’opinion que nous avons été trahis par ce gouvernement qui n‘a pas respecté ses engagements». Aussi, Me Touré ajoute-t-il que «le problème des travailleurs de la justice c’est l’implication insuffisante de la Chancellerie pour la prise en charge de nos doléances». Il note que «la mission première du ministre de la Justice c’est de s’occuper de la bonne marche des institutions judiciaires». Ce qu’«il n’a pas fait sinon nous ne serions pas dans cette situation», dira-t-il, avant d’expliquer : «Tous les points sur lesquels nous sommes tombés d’accord avec le gouvernement du Sénégal ont été obtenus au bout d’un processus. Qu’il s’agisse de la réforme statutaire dont le texte a été adopté en Conseil des ministres, et depuis trois mois nous attendons la signature du décret. Ce qui est inacceptable. Idem de la réforme sur les fonds communs. Mais le comble, c’est cette mesure de retirer les 40% qui étaient déjà mis en solde.»
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