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L’on dit que le monde progresse quand on transforme les obstacles en opportunités. Ces obstacles entraînent une réflexion pour trouver des solutions plus ingénieuses qui permettront de faire mieux et plus vite. Aussi le monde connaît-il ses plus grands progrès après crises et guerres. Il y a un changement de paradigme, le vieux laisse la place au nouveau, ce qui semblait impossible devient possible.
Il y a quelques années, ma mère m’envoyait chaque mois remettre l’argent d’une tontine à ma tante. C’était une époque où j’avais du temps parce qu’encore aux études, et surtout Dakar ne connaissait pas les embouteillages monstres d’aujourd’hui. Presque plus personne n’envoie son enfant pour remettre en main propre de l’argent. Des solutions ont été créées, et elles facilitent la vie de tout un chacun.
Pour envoyer de l’argent, payer ma facture de téléphone, d’eau et d’électricité, j’utilise mon portefeuille de monnaie électronique. J’épargne quelques Cfa et surtout gagne du temps, qui est la ressource la plus précieuse parce qu’inextensible.
Ce sont ces solutions pensées à partir d’obstacles qui entraînent des progrès. Je vois de plus en plus des jeunes Sénégalais réfléchir comment trouver des solutions aux difficultés quotidiennes. Cela améliore la vie de chacun. En outre, cela contribue à démocratiser des produits ou services autrefois réservés à une minorité.
Encarta, Britannica… On achetait très cher ces encyclopédies. Tout le monde n’avait pas les moyens de se les procurer. Cela contribuerait à creuser l’inégalité dans l’accès à la culture. Aujourd’hui, avec Wikipédia, toute personne avec une connexion internet peut avoir accès à tout le savoir universel. Wikipédia démocratise le savoir et le rend accessible à tout le monde. Peut-être qu’elle manque parfois de fiabilité, mais elle aide chacun à pouvoir faire des recherches, et gratuitement.
C’est pourquoi le prix de l’internet doit baisser afin que chacun puisse en profiter. Je paie 31 mille 600 F par mois pour ma connexion internet, mon frère qui vit en France paie beaucoup moins. Quand on sait que le salaire moyen au Sénégal est faible, offrir des services internet à des prix élevés revient à créer une fracture numérique, ce qui ne contribuera pas à l’égalité des chances. Aussi, l’appel du président de la République pour que les opérateurs d’internet diminuent les prix doit-il être entendu.
Je disais plus haut que les obstacles entraînent de l’innovation. La preuve en est les tiak-tiak. Dakar connaît des embouteillages monstres, et il est plus facile pour les scooters de se faufiler dans les rues de la ville. En outre, pour un travailleur, trouver du temps pour faire ses courses, récupérer ses colis est difficile. Tout cet écosystème difficile pousse à penser et mettre en place des solutions pour en venir à bout.
Il y a quelques jours, j’avais besoin d’un col roulé. Je fis des recherches sur internet et tombai sur un vendeur qui les offrait. Je ne le connaissais pas, il ne me connaissait pas. Je l’appelai et nous nous mîmes d’accord sur le prix. Le lendemain, un tiak-tiak vint m’apporter mon colis. Sans m’être déplacé, j’avais obtenu ce que je voulais.
Nous y gagnâmes tous : moi du temps, le vendeur et le tiak-tiak de l’argent. C’est ce genre d’innovations dont a besoin un pays pour aller de l’avant. L’innovation ne veut pas forcément dire de grands projets ; elle est aussi ces petites idées qui, appliquées à grande échelle, facilitent la vie de tout le monde parce qu’entraînant un gain de temps et d’argent.
Aujourd’hui, avec internet, l’innovation est à la portée de tous. Elle n’est plus l’apanage de sociétés établies. On parle d’«ubérisation» quand une société jeune vient ébranler un vieux secteur d’activité.
Quand je regarde les statistiques de la page Facebook de mon blog moussasylla.com, je me rends compte que les habitants de Conakry y sont les plus nombreux. Il y a quelques années, pour avoir un auditoire international, j’aurai dû passer par une maison d’édition. Plus besoin de cela : je peux viser qui je veux avec internet. J’ai eu à coécrire un article avec une Ukrainienne que j’ai connue sur LinkedIn. Cela me montre comment le monde regorge de plus d’opportunités aujourd’hui, opportunités que nous pouvons tous saisir.
Plutôt que de croire que notre salut dépend d’une société, nous pouvons lancer des initiatives qui nous permettront d’atteindre nos objectifs plus rapidement. N’étant pas un journaliste de métier et voulant être libre dans mes écrits, j’ai décidé en 2020 de lancer mon propre blog. Cette décision m’a apporté beaucoup d’externalités positives : je vois souvent des personnes m’écrire pour me suggérer des articles, d’autres me corriger, et cela bénévolement.
A un niveau macro, ce sont toutes ces initiatives comme le navigateur Mozilla Firefox ou le logiciel Vlc, qui sont les fruits d’un travail collectif de milliers de bénévoles. Ce sont aussi ces actions citoyennes comme la collecte de fonds pour SOD. Nous devons «disrupter» notre monde si c’est ce dont nous avons besoin pour atteindre nos objectifs. Nous ne devons plus penser Etats, sociétés, collectivités locales. Nos initiatives personnelles, amplifiées par internet, pourraient faire la différence.
Le rôle de l’Etat est d’accompagner ces initiatives et de créer les infrastructures pour les rendre possibles. Je parlais plus haut de l’appel du président de la République aux opérateurs téléphoniques pour la baisse du prix de l’internet. Une autre initiative que pourrait mettre en place l’Etat est de construire des bibliothèques équipées d’ordinateurs pour que ceux qui n’en n’ont pas les moyens ne soient pas exclus. Ces initiatives éviteront que se perpétuent les inégalités dues à la catégorie socioprofessionnelle des parents. Il doit aussi encourager les initiatives privées en permettant une déduction d’impôt pour les actions qui contribuent au bien-être de la société. Aussi la fiscalité sénégalaise doit-elle être revue pour qu’elle soit plus en phase avec nos réalités et faciliter l’innovation (j’y reviendrai dans un prochain article).
Une société qui va de l’avant n’attend pas tout de l’Etat ; elle prend des initiatives, elle propose des solutions pour venir à bout des obstacles, elle innove pour trouver des solutions à ses problèmes. Je vois de plus en plus un Sénégal avec une société civile qui fait bouger les choses, qui ne veut plus du statu quo, qui ne laisse plus l’initiative à des politiciens qui n’ont que leurs intérêts à cœur. C’est une première étape pour une société politique et non de politiciens. L’Etat doit les accompagner en facilitant ces initiatives : réduire la facture numérique, contribuer à l’égalité des chances et revoir sa fiscalité. Ainsi, créerons-nous un meilleur Sénégal pour nous, pour nos enfants.
Moussa SYLLA

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