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Le mot prophète est apparu au 10e siècle. Sa définition varie d’un dictionnaire à un autre, dans le temps et dans l’espace. Ce qu’on a pu retenir de ces définitions est ceci : le prophète est quelqu’un qui est inspiré par Dieu, capable de décoder et transmettre le message divin et d’annoncer des événements à venir. Autrement dit, le prophète c’est celui qui a reçu une décharge de lucidité, une lumière lui permettant de communiquer avec Dieu, de comprendre le sens du message divin à transmettre à son peuple et de prédire des événements imprévisibles par son entourage.
L’esprit peut souffler où il veut. Le prophète peut être issu de n’importe quelle famille, classe sociale, groupe humain ou région du globe terrestre. Il suffit tout simplement d’ «être traversé par Dieu» pour être prophète. Mais pour se faire comprendre par les destinataires du message dont il est le porteur, le prophète doit utiliser un langage adapté et accommodant. Il doit parler la langue du peuple auquel il a été envoyé pour délivrer le message de Dieu, en tenant compte de sa spiritualité endogène, ses us et coutumes. Sous ce rapport, le prophète authentique est celui qui comprend en profondeur les réalités de son temps, les préoccupations de son peuple et les urgences du moment. Le plus souvent, il apparait en temps de crise pour sauver son peuple. Il connait les questions de l’heure, les souffrances endurées par son peuple, les aspirations de ses compatriotes et contemporains. Sa pensée révélée trouve sa pertinence dans sa volonté d’apporter des solutions aux problèmes de son peuple.
C’est la raison pour laquelle, la plupart des prophètes de l’Afrique subsaharienne sont apparus durant les traites négrières (orientale, transsaharienne et transatlantique) et la colonisation : Harriet Tubman, Simao Toko, Makana Nzele, Simon Kimbangu (celui qui révèle les choses cachées), etc. Ils ont prophétisé pour le peuple négro-africain et non pour les Arabes ou Européens. Dieu les a envoyés pour qu’ils rétablissent l’ordre, reconnectent les Africains à leurs spiritualités endogènes et redonnent un nouveau souffle, une espérance et un espoir au peuple africain longtemps persécuté. Mais à cause de leurs idées nouvelles, novatrices et révolutionnaires, ils ont été combattus par les partisans du statu quo, particulièrement les impérialistes spirituels, politiques, économiques et culturels. Ces derniers ont coupé court à la mission des prophètes africains, emprisonnant les uns à vie, brulant vifs ou noyant les autres ! Certes, ils sont morts physiquement mais leurs personnes spirituelles ne mourront jamais. Ils n’avaient pas peur de la mort parce que moralement bien préparés. Ces «alchimistes de l’âme» et témoins de Dieu avaient appris à souffrir dans la dignité et à être fidèles à leurs missions. Ils se sont donnés à corps perdu et ont sacrifié leurs vies pour leur peuple. Ils savaient à l’avance que leurs missions étaient risquées, leurs chemins pleins d’aspérités et d’embûches. Mais aucun obstacle ne les a rebutés. Ils sont morts physiquement pour la noble cause mais leurs œuvres spirituelles sont immortelles. Comme ils l’ont prédit, d’autres prophètes viendront dans le futur pour reprendre le flambeau, parachever leurs œuvres, donner à l’Afrique son indépendance spirituelle qui est une condition sine qua non du développement scientifique, économique, culturel, etc.
Mamaye NIANG
mamayebinet@yahoo.fr

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