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L’idée du Musée des civilisations noires est agitée en septembre 1956 au premier Congrès des écrivains et artistes noirs, à la Sorbonne. Elle est ensuite proposée par le poète, chantre de la Négritude, président de la République du Sénégal lors du premier Festival mondial des arts nègres en 1966 à Dakar.
Le Musée des civilisations noires a abrité l’exposition des 17 œuvres reproduites du peintre italien Leonardo De Vinci (1452-1519), dont La Joconde et la fresque de la Cène. Cette exposition (17 janvier – 28 février 2020) est pompeusement relayée par les radios et télévisions occidentales le même jour au moment où ce 17 janvier 2020, l’Afrique et le reste du monde célèbrent le 60ème anniversaire de la disparition de Patrice Lumumba, héros africain, légende du monde noir. Mais le Musée des civilisations noires s’est complètement détourné de sa mission originelle, de son orientation panafricaine, de son objectif de mettre en valeur et en actualité le patrimoine civilisationnel du monde noir.
Décidément, le déviationnisme persiste au Musée des civilisations noires. Le poète Léopold Sédar Senghor, l’initiateur du Musée des civilisations noires, se retourne dans sa tombe. Maître Abdoulaye Wade, qui a trouvé les financements, le partenariat avec la Chine et qui a posé la première pierre, ne se sent pas fier de ce qui se passe au Musée des civilisations noires. Maître Abdoulaye Wade doit ruminer certainement sa colère et le Président Macky Sall qui a inauguré l’édifice muséal ne voit que du feu. Lors du vernissage de l’exposition sur des œuvres reproduites de Leonardo De Vinci, le directeur général du Musée, M. Hamady Bocoum, évoque l’universalité, en arguant, à travers la presse, qu’à force de montrer seulement le patrimoine africain, on n’aura plus rien à montrer. Ce qui est faux. Et le commissaire associé, Ousseynou Wade, has been de la Biennale, nous sérine sur François 1er qui a acheté une des œuvres de De Vinci se trouvant au Musée du Louvre en France. L’opération-exposition est rendue possible par la «Raï Com» (la branche commerciale de l’audiovisuel public italien), l’Institut culturel italien, l’ambassade d’Italie au Sénégal. Tout ça, pour des œuvres reproduites.
Pour rappel, lors de la célébration du premier anniversaire de l’inauguration du Musée des civilisations noires en 2018, c’est un groupe musical italien qui avait clôturé les activités, dont une exposition fourre-tout.
Depuis le démarrage de ses activités, le Musée des civilisations noires, en plus de quelques expositions peu intéressantes, s’est illustré dans l’évènementiel, portant la concurrence au Grand Théâtre, à Sorano, abritant des événements plus commerciaux que culturels.
Voilà un musée que la direction générale éloigne complètement de sa mission fondatrice. Dommage que le muséologue Ousmane Sow Huchard, président du Conseil d’administration qui recadrait la direction générale, a quitté ce bas monde. Le Professeur Iba Der Thiam, membre du comité scientifique du Musée, est aussi décédé. Il n’y a plus de poids lourds pour faire revenir à la raison cette direction plus commerciale que scientifique, pour nous faire vivre ce que le monde noir a apporté à la civilisation de l’humanité. Vivement, les musées de Amadou Yacine Thiam, de Mourtala Diop, pour nous imprégner de la trajectoire historique du monde noir. On ne peut pas l’avoir avec l’actuelle direction générale du Musée des civilisations noires. L’Etat, qui ne fait que subir, faute de conseillers culturels aguerris, est hors de course malgré le budget annuel conséquent alloué au Musée des civilisations noires.
Moussa NDIAYE
Enseignant-Chercheur

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