Cette revue illustrée, dont le premier numéro vient de paraître, explore avec des spécialistes un domaine, la guerre, bien plus étendu qu’on ne le croit.

Ces derniers temps, l’histoire militaire, en se renouvelant, a reconquis du terrain auprès des lecteurs et rafraîchi son image un peu vieillotte. Les ventes ont repris du poil de la bête. L’un de ses acteurs majeurs, Jean Lopez, qui dirige déjà la revue Guerres & Histoire, poursuit l’offensive en lançant, adossée à la maison d’édition Perrin, une opération originale, De la guerre, une revue trimestrielle en forme de mook, 150 pages qui font la part belle autant à l’image, à la photo, aux cartes, qu’aux textes et aux interviews.
Pour ce premier numéro très réussi, Lopez et ses troupes font flèche de tout bois en démontrant, cartes sur table, l’extension du domaine de la guerre. Bataille, mais aussi renseignements (un document exclusif sur le capitaine Léger qui mena la guerre du renseignement en Algérie), stratégie, duel, uniforme, concept sont au programme.
On apprend ainsi comment le recul progressif de l’arme blanche – pique, lance – et la montée en puissance de l’arme à feu ont renvoyé aux oubliettes les lourdes armures pour laisser place à la «guerre en dentelles» et à l’uniformisation des uniformes dans des armées étatiques.

Le brouillard de la guerre
On se régale avec un passionnant article sur «le brouillard de la guerre», concept faussement attribué à Clausewitz, que les Améri­cains, en envahissant l’Irak en 2003, ont voulu réduire à néant avec leur «suprématie informationnelle» qui balaierait toute forme de hasard, d’incertitude et de danger dans les batailles. L’emprise de la technologie, la flambée de l’algorithme, l’idéologie du risque zéro ont pu faire croire aux Américains que la guérilla était derrière eux et les cauchemars de la Corée ou du Vietnam, un mauvais souvenir. L’exemple récent de l’Afghanis­tan démontre que cette assurance de clarté américaine fut un vœu pieux.
La revue n’oublie pas le cœur de cible : la bataille. Mais de manière intelligente, elle s’emploie à faire de l’histoire comparée : les trois désastres français de Crécy, Azincourt et Poitiers sont passés à la moulinette ou bien encore les deux invasions de la Russie par Napoléon et Hitler où Thierry Lentz et Jean Lopez démontrent qu’elles n’ont rien en commun et surtout que l’immensité du territoire russe ne rendait pas certaine la défaite de l’envahisseur, plus imputable à ses erreurs.

Hitler pouvait-il perdre ?
La défaite était-elle inexorable ? Tout esprit épris d’histoire ne peut s’empêcher de jouer avec cette question. Elle se pose évidemment pour Hitler. Le dossier est rouvert avec quelques historiens anglo-saxons majeurs, notamment Andrew Roberts et Richard Overy. Les réponses divergent, même si le «oui», en définitive, semble l’emporter.
Bon vent et longue vie à ce navire amiral mis à l’eau, à qui l’on souhaite de continuer à ouvrir le champ d’opérations et à trouver encore d’autres belles incursions qui dépoussièrent le genre.