#Vélingara – Tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines : Les grands-mères au cœur du dispositif de riposte

L’excision, malgré l’existence de la loi la condamnant et les nombreuses déclarations d’abandon faites par des communautés, est toujours pratiquée dans le département de Vélingara, au Sud du Sénégal. Grandmother project (Gmp-changement par la culture) est aussi dans la bataille contre le phénomène et toutes les pratiques traditionnelles néfastes pour l’épanouissement de la fille. A l’occasion de la célébration de la Journée internationale «Tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines», cette Ong a regroupé 3 générations de femmes des communes de Vélingara, Némataba et Saré Coly Sallé pour sensibiliser, mais aussi mettre en place des stratégies de riposte, en mettant au-devant de la scène, les grands-mères.Par Abdoulaye KAMARA –
«Sa voix. Son avenir : investir dans les mouvements dirigés par les survivantes pour mettre fin aux Mutilations génitales féminines (Mgf).» C’est le thème de la 12ème édition de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des Mgf. A Vélingara, située au Sud du Sénégal, cette journée a été célébrée le mercredi 6 février passé (date qui lui est dédiée) dans le village de Saré Soukandé grâce à l’Ong Grandmother project (Gmp-changement par la culture). Cette Ong, qui promeut le développement holistique des filles ainsi que tous les droits de celles-ci, a regroupé dans cette localité de la commune de Saré Coly Sallé, quelque 200 invités de la ville de Vélingara, des villages, des communes de Némataba et Saré Coly Sallé. Les invités sont essentiellement des jeunes filles leaders, des femmes en âge de procréation, des grands-mères et quelques jeunes garçons et chefs de ménage. Gmp-changement par la culture et ses partenaires ont eu une façon atypique de célébrer cette journée ou, du moins, de susciter la réflexion pour définitivement enterrer le couteau de l’excision dans le Fouladou et lutter contre toutes les autres formes de violence contre les filles. Ce jour-là à Saré Soukandé, il n’y eut pas de déclaration d’abandon proclamée, ni de tribune apprêtée pour des Vip. Des grands-mères, entourées de femmes en âge de procréation, et des jeunes filles, avec à côté quelques rares hommes dont des religieux et garçons, échangeaient, assis à la ronde sur des chaises en plastique, à propos de bonnes pratiques pour la promotion et la protection des droits des filles et des actions à entreprendre pour mettre fin aux pratiques néfastes à leur encontre. Des grands-mères, en véritables cheffes d’orchestre, ont mené les débats, fortes de leurs expériences et des secrets intimes, bons et mauvais, enfouis dans leurs têtes grisonnantes, relatifs à la santé sexuelle et de la reproduction de jeunes femmes qu’elles ont eu à accompagner, à orienter, à conseiller… à soigner parfois. La totalité de ces malheureuses femmes ont vu une partie de leur organe sexuel enlevée, avec cruauté, par une exciseuse. Les différents groupes de travail ont abouti à une résolution écrite sur place et lue par une jeune fille leader de la ville de Vélingara. Kadidiatou Diallo déclare : «Malgré les efforts consentis par les pouvoirs publics, les organisations de développement, les femmes et surtout les jeunes filles continuent à vivre des pratiques culturelles qui sont de nature à compromettre leur santé et leur développement, d’où toute la pertinence de l’organisation d’une Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. Cette rencontre de Gmp-changement par la culture, qui a eu comme sous-thème : «Comment les 3 générations de femmes mènent le combat contre les Mgf», nous a permis de réfléchir sur la situation de la femme par rapport à l’excision. Nous avons pu faire le point sur les progrès réalisés par les femmes, surtout par les grands-mères, pour la promotion du développement holistique des filles, mais aussi de faire des recommandations pour éradiquer des pratiques préjudiciables au développement des filles telles que les mariages précoces et forcés, les grossesses précoces et les mutilations génitales féminines.» Et puis de livrer la panacée pour aboutir à la «tolérance zéro contre l’excision». Elle dit : «A l’issue des travaux de groupe impliquant des femmes en âge de procréer, des jeunes filles et des grands-mères, des notables, des religieux, il a été constaté l’émergence de bonnes pratiques au sein des communautés au profit des femmes et surtout des filles. Les 3 générations doivent partager des connaissances en matière de protection de l’enfant et de la jeune fille en particulier, et les capitaliser, encourager l’implication et le renforcement du leadership des grands-mères qui sont des leviers culturels dans les stratégies de protection de l’enfant, accroître les liens entre les 3 générations de femmes pour le développement des filles, accroître la confiance en soi et le leadership des femmes.»
Pour en arriver là, Gmp-changement par la culture a accompagné ces femmes en renforçant leur estime et leur confiance en elles-mêmes, et a aidé à faire d’elles des femmes-leaders assumées, conscientes de leur part de responsabilité historique dans leurs communautés.
akamara@lequotidien.sn