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Ancien vice-président de l’Assemblée nationale, Mamour Cissé estime que le Parlement n’a pas été dépouillé de ses prérogatives en adoptant la loi modifiant l’Etat d’urgence et l’Etat de siège. Le leader du Psd/Jant-bi, parti de la mouvance présidentielle, plaide cependant pour l’élargissement du couvre-feu à d’autres régions et la fermeture des écoles. Dans cet entretien, l’ancien ministre d’Etat souligne que «le seul temps de l’opposition, c’est la collecte de fonds au profit d’ambitions personnelles». Une allusion à Ousmane Sonko.

Quelle est la situation du Psd/Jant-bi ?
A l’image de la situation nationale et mondiale marquée par le confinement, la distanciation et les mesures barrières, nos bureaux politiques ne sont plus organisés en présentiel, mais en vidéo-conférence chaque fois que de besoin. Nous avons gelé les sorties nationales pour ne pas exposer les gens. Ensuite, du point de vue du calendrier républicain, nous n’avons aucune raison de mettre la pression sur nos militants et nos responsables.

Le Psd/Jant bi est-il frustré de ne pas voir son leader ou ses responsables assumés un poste dans le gouvernement ?
Sans aucun doute, les complaintes et récriminations des militants de base nous parviennent régulièrement et nous comprenons cela. Mais il faut dire aussi que ce n’était pas pour des prébendes ni pour un partage de gâteau que nous avons soutenu le Président Macky Sall. Il y a juste que, par rapport à la mise en œuvre de sa politique, nous avons estimé qu’il était l’homme de la situation. Aujourd’hui encore, c’est notre forte conviction. N’eut été la pandémie, le Sénégal serait dans une trajectoire d’évolution d’une croissance à deux chiffres. Le président de la République a lancé des chantiers porteurs de croissance dans les infrastructures et même l’agriculture nous a donné quatre à cinq points parce que le chef de l’Etat déroule une politique efficace et efficiente. Nous continuons de le soutenir. C’est une question de principe. Maintenant, c’est normal que nos militants dénoncent ce qu’ils considèrent comme une marginalisation. Ils se disent qu’au sein du parti il y a bien des compétences qui peuvent accompagner le président de la République. Le chef de l’Etat le sait très bien, mais il lui revient la prérogative de nommer qui il veut. Cela ne nous empêche pas de l’informer en toute responsabilité sur nos positions dans la marche de la Nation. A chaque fois, il y prête une attention respectueuse. Le reste est du domaine de la volonté divine.

Que pensez-vous des mesures prises par le gouvernement pour endiguer la pandémie ?
Salutaires et diligentes, sans aucun doute. Mais aujourd’hui, il faut aller bien au-delà de ce qui a été fait jusqu’à présent. Il faut renforcer le dispositif de prévention et d’alerte et hisser la qualité du dispositif médical au top. Il faut sensibiliser et toujours sensibiliser. De ce point de vue, il y a lieu de saluer la posture exemplaire de nos différents guides religieux qui ont tenu à mettre les populations devant leur vraie responsabilité face à cette pandémie. Il faut que les gens comprennent qu’il s’agit d’une affaire de vie ou de mort. Chacun d’entre nous peut, selon qu’il est négligeant ou responsable, devenir le protecteur ou le fossoyeur de son prochain et vice-versa. Ceux qui sont sortis pour braver le couvre-feu aux premières heures de son entrée en vigueur et qui ont manifesté dans le désordre sans masque ni distanciation, combien de personnes ont-ils contaminé sans produire eux-mêmes des symptômes ? Ils ont été de terribles dangers pour leurs parents et leur entourage. Il faut de la rigueur et de la discipline pour faire face à tout prix.

Doit-on aller jusqu’à fermer les écoles ?
Le débat est posé et j’ai dit pourquoi pas. La santé des populations n’a pas de prix et les écoles peuvent devenir des foyers de contamination et de propagation. Il faut envisager sérieusement de fermer les écoles, surtout primaires voire même les secondaires, et laisser seulement les universités parce qu’on présume une plus haute capacité de prise de conscience dans ce haut lieu de savoir. Je crois aussi qu’il faut étendre le couvre-feu à d’autres foyers à l’intérieur du pays, comme Kaolack, Diourbel, Saint Louis… Il faut une couverture, la plus large possible de cette mesure de sauvegarde dans ce grave contexte.

En promulguant la loi sur l’Etat d’urgence, le Président Sall a prolongé le couvre-feu pour un mois encore. Est-ce pertinent ?
A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle ! Le Président, en bon général d’Armée, a pris la juste mesure de la situation. Nous voyons un chef engagé, lucide, conscient des enjeux vitaux et qui veut se doter de tous les moyens nécessaires pour faire face et vaincre. Dans cet effort au service de la Nation, je crois que le Président mérite le soutien de tous les Sénégalais. Il est dans une posture de défense de la patrie en danger et veut donner toutes les chances de vaincre cette pandémie. C’est dans cet esprit seulement qu’il faut comprendre la nouvelle loi qui lui permet désormais de faire l’économie du passage à l’Assemblée pour porter une assistance diligente aux populations en cas de catastrophe naturelle ou sanitaire. Sa seule préoccupation en faisant voter cette loi, c’est d’assurer la sécurité des Sénégalais. Nous sommes au stade de pré-exploitation de gaz ou de pétrole. Si demain il y a une catastrophe, serait-il pertinent de passer paresseusement dans les circuits de l’Assemblée nationale au moment où les populations sont dans la désolation et la mort ? Il faut savoir raison garder et éviter de divertir le Peuple, surtout en pareille période. De mauvaise foi, on traite le Président de dictateur en sachant très bien pourtant que cette loi est encadrée dans les stricts cas de catastrophe naturelle ou sanitaire. La lenteur du processus par l’Assemblée nationale n’aurait laissé aucune chance aux populations. Il faut que l’opposition revienne à l’essentiel et qu’elle cesse de divertir les populations en brandissant l’épouvantail d’un Macky Sall dictateur. Où a-t-on entendu l’opposition mobiliser les Sénégalais autour des gestes barrières ? Le seul temps qu’elle se donne, c’est celui de ses intérêts égoïstes, comme la collecte internationale de fonds au profit d’ambitions personnelles. On ne les verra jamais dans la rue, sur le terrain, pour conscientiser les militants.

Etes-vous convaincu par la démarche de l’Etat dans la recherche du vaccin ?
Nous reconnaissons d’abord, en toute bonne foi, que dans la gestion globale du Covid-19, les autorités n’ont pas fait piètre figure. Je considère par ailleurs que l’Occident doit comprendre qu’on ne pourra vaincre cette pandémie que dans le cadre d’une action concrète. L’ère des destins singuliers est révolue, pour reprendre Cheikh Hamidou Kane. C’est un combat planétaire qui a engagé la survie de tous. Il ne faut pas que ce qui est arrivé avec le Sida nous rattrape. L’Occident a joué à l’époque la carte de la gestion solitaire et égoïste au détriment de l’Afrique. Le virus est parti de Chine et, en moins d’un mois, c’est le monde entier qui était secoué. Cela veut dire qu’il faut penser global.

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